2 de noviembre de 2004

Conmemoración de los Fieles Difuntos

 

2. Ponencia sobre la vida consagrada en África

 (Hna. Kana Bella)

 

 

FRATERNITE MISSIONNAIRE

VERBUM DEI EN AFRIQUE

 

 

MONASTERE SAINT BENOIT DE BABETE

JOURNEES DE REFLEXION 25/10 – 7/11/2004

 

 

LA VIE CONSACREE EN AFRIQUE : LE VŒU DE PAUVRETE

LA RELATION D’UN CONSACRE AVEC SA FAMILLE

 

2 Novembre 2004

 

 

 

Par Sœur Madeleine Gertrude KANA BELLA,

Sœurs de Saint Paul de Chartres

 

 

INTRODUCTION

 

 

            La vie religieuse existe depuis le IVe siècle, elle est très liée à la paix Constantinienne (à l’Edit de Milan en 313 et aussi à l’Edit de Thessalonique en 380 qui fait de la religion chrétienne, la religion officielle de l’Empire romain).

            L’engagement religieux, à l’origine, ne prenait pas la forme des tris vœux.

            Dans P.C. 1 §2, le concile affirme que «dès les origines de l’Eglise, il y a eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à Dieu : ce sont essentiellement ceux qu’on nomme : les ascètes et les vierges» (la continence sous forme du célibat ou de la virginité est une réalité nouvelle dans le monde gréco-romain, propre au Nouveau Testament). C’est la période du désert :

            Antoine, né en 270, n’a jamais été à l’école. Il n’est pas un intellectuel. Il a perdu ses parents à l’âge de 18 ans, c’est 4n chrétien du peuple. Au cours d’une liturgie de la parole, Antoine entend ces paroles de Mt 19,21 : «si tu veux être parfait, va, vends tes biens, donne-les aux pauvres». Il considère que ces paroles lui sont adressées. C’est comme cela que commence l’aventure d’Antoine[1].

            C’et un mouvement prophétique que personne ne pouvait imaginer,. C’est l’action de l’Esprit qui fait surgir cette marche dans le désert : les anachorètes.

            Petit à petit, les anachorètes vont se réunir sous la direction d’un père spirituel qui devient le supérieur de la communauté : c’est alors que naît la vie cénobitique avec la naissance des premières communautés religieuses et Pacôme a joué un rôle remarquable dans ce processus évolutif. Pacôme, naît vers 292 d’une famille païenne. Il se converti à 20 ans et quitte la Milice. Il est baptisé et possède la formation élémentaire du Catéchuménat.

            Car conscient des grandes difficultés qui harcèlent les anachorètes pour atteindre la perfection chrétienne, vers 320, Pacôme entraîne un groupe de ses disciples vers la vie cénobitique  c’est-à-dire la vie en communauté, la sainte Koinonia.

            Cette Koinonia repose sur la pauvreté c’est-à-dire, la mise en commun des biens, la communauté de vie, de table, de travail, de prière… L’obéissance lie tous les membres de la communauté.

            La vie religieuse vient de faire un pas très important. Les exigences de la vie monastique vont amener un changement radical de la vie religieuse. Désormais, la vie communautaire en constituera l’élément propre, voire même fondamental.

            Comme nous les constatons, la triade classique des vœux s’est dessiné progressivement tel que nous venons le voir… et c’est entre le 12e et 13e siècle qu’elle apparaît telle que nous connaissons aujourd’hui, à savoir les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance.

            Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur le vœu de pauvreté.

            Ce mot “pauvreté”  désigne des réalités différentes et engendre bien des malentendus. La pauvreté idéale n’existe pas ; je ne sais même pas si elle aurait un sens étant donné que la pauvreté religieuse est vécue à un moment de l’histoire et à un endroit précis du monde, dans telle ou telle mission ou œuvre d’apostolat ou de charité. C’est alors que la pauvreté prend un visage concret.

           

            Ce bref rappel historique de la vie religieuse était nécessaire pour que vous voyiez comment les vœux ont été introduits progressivement dans cette vie qui est imitation de la vie des apôtres avec le Seigneur : la sequela Christi. Ces trois vœux sont un tout. Nous choisissons d’être-avec-le-Christ, nous choisissons de faire de la recherche du Royaume et de son service à la suite du Christ, l’axe privilégié de notre vie. Nous livrons notre vie au Christ et celui-ci devient le “moteur” de notre vie, notre raison de vivre. Cette relation avec le Christ nous permet de déployer de manière heureuse les dynamismes qui nous habitent : nos capacités d’aimer, nos capacités d’exercer le pouvoir et de posséder les biens. Le Christ devient pour nous un

trésor” et grâce à lui, et pour lui, nous pouvons nous détacher de tout.

           

            Comment aujourd’hui, vivre et témoigner de notre vœu de pauvreté pour qu’il soit compris, aimé vécu d’abord par nous mêmes qui émettons ce vœu et ensuite pour qu’il soit témoignage pour ceux qui nous sommes envoyés ?

            Quelles relations le religieux doit-il entretenir avec sa famille dans cette société africaine où la solidarité est un devoir ? Quelle forme de présence adopter vis-à-vis de sa famille ? Et quelle famille ? …

 

            Il est important de bien comprendre la vie religieuse, voire cet aspect qui nous intéresse, a savoir, la pratique du vœu de pauvreté aujourd’hui ici en Afrique. Bien comprendre la vie religieuse nous rend libres et j’ajouterais même que cela nous rend plus audacieux pour relever les défis d’aujourd’hui quant à ce qui concerne le vœu de pauvreté.

            Etre libres nous donne d’oser chercher comment vivre et travailler pour nous suffire à nous-mêmes et répondre aux besoins de notre apostolat.

 

            La pauvreté en Afrique est une réalité quotidienne et on n’a pas besoin d’une réflexion particulière pour affirmer son existence. C’est effectivement dans cette réalité que nous, religieux africains, nous sommes appelés à vivre notre vœu de pauvreté, nous sommes appelés à vivre notre identité de religieux et d’africains. C’est encore dans ce même milieu que vous, nos missionnaires européens, américains, asiatiques, êtes appelés à vivre ce même vœu. Nous sommes tous appelés à être «SIGNE».

            Malgré la richesse de son sous-sol, de ses forêts, l’Afrique apparaît comme le continent le plus pauvre, le continent du tribalisme par excellence, le continent qui a le taux d’analphabétisme le plus élevé, le continent le plus frappé pas le Sida, le continent où les gens ne peuvent pas toujours accéder aux soins qu’il leur faudrait, le continent de la faim et de la soif…

           

            Alors, comment vivre la pauvreté religieuse dans ce contexte déjà si pauvre ?

            Y’a-t-il une différence entre la pauvreté sociale africaine et la pauvreté religieuse ?

            Comment devons-nous comprendre el vrai sens de la pauvreté évangélique ?

 

            Souvent, nous sommes confrontés à une triple réalité :

        Nous avons choisi librement de vivre la pauvreté évangélique, il nous faut être conséquents vis-à-vis de nous –mêmes.

        Nous vivons notre vie consacrée au milieu des pauvres qui, bien souvent, du moins, au niveau matériel, sont plus pauvres que nous.

        Dans notre lieu de mission, là où nous sommes envoyés, les gens attendent de nous des actes concrets, notre implication dans leur vie pour les aider à sortir de la situation de pauvreté, voire même de misère, dans laquelle ils se trouvent. Ils ne veulent pas que nous soyons comme eux. Non. Ils attendent que nous les tirions en haut.

           

            La question est donc de savoir s’il est possible de vivre d’une manière cohérente ces trois réalités ? Si on ne peut pas les vivre, que faudrait-il faire ?

            Y’a-t-il une autre manière de concevoir et de vivre la pauvreté religieuse ici en Afrique ?

 

            Nous aborderons tour à tour l’aspect doctrinal du vœu, l’enseignement du magistère, la pratique du vœu de pauvreté ici en Afrique et peut-etre quelques défis à relever.

 

 

I. Sens du mot “pauvrete”

 

 

            Qu’est-ce que nous mettons là-dedans ?

            «Pauvreté» a trois sens : car la pauvreté est un manque sur le plan matériel, spirituel et intellectuel.      

 

Pauvreté matérielle :

§         Il y a la misère, c’est-à-dire que lorsqu’une personne ne jouit pas des biens matériels nécessaires à une vie humaine digne. La misère n’est pas digne de l’homme, elle est mauvaise, elle avilit l’homme. Dieu est contre la misère.

§         Il y a la gène ou l’indigence c’est-à-dire qu’on a le strict minimum pour vivre. On a juste ce qu’il faut [pour] manger, s’habiller, se loger. On n’a pas tout ce qu’il faudrait par exemple pour faire un travail utile.

La pauvreté touche à l’aisance et à la misère.

La pauvreté matérielle est un manque que je désire combler.

 

Pauvreté spirituelle :

            Nous pouvons dire qu’il y a une bonne et mauvaise pauvreté spirituelle.          

§         La mauvaise pauvreté spirituelle c’est le vide intérieur, à savoir qu’on n’a pas d’idéal, on est vide, c’est une situation mauvaise, on n’a pas de bonheur, pas de joie intérieure, pas de feu intérieur… c’est le vide, c’et le péché, on est éloigné de Dieu.

§         La pauvreté spirituelle qui est la bonne, c’est le détachement intérieur, la liberté du cœur vis-à-vis des biens de ce monde qui passe.

           

            En face de cette bonne et mauvaise pauvreté spirituelle, il y a la  “convoitise” : elle est mauvaise… c’est quelqu’un qui est rempli du désir de gagner toujours davantage, de s’enrichir davantage, l’amour des biens, l’amour de l’argent, l’amour des richesses, la cupidité…

            Nous avons évoqué un peu plus haut certaines pauvretés qu’on trouve ici en Afrique. Le pauvre c’est aussi celui qui n’a pas eu de chance dans sa vie, c’est celui dont on méconnaît la vraie valeur, c’est celui qui écoute tout le monde et que personne n’écoute. Le pauvre c’est celui qui a raté sa vie.

            Le pauvre ne mange pas toujours à sa faim… n’a rien ou presque pour se vêtir.

            Le riche par contre, est celui qui a réussi sa vie.

 

            Un professeur de la Catho de Paris, Père Danet, posait cette question aux religieux(ses) : “Les pauvres quand nous voyons leur image sur les écrans de la télévision, n’est-ce pas un luxe offensant d’oser s’appeler pauvre volontaire devant eux ? L’image de notre pauvreté a quelque chose d’insupportable… beaucoup ne trouvent plus de sens à notre vœu de pauvreté…” (rappelez-vous ces imageque que nous voyons à la télévision ce temps-ci : les images du Soudan, le Darfour… regardez les enfants de la rue…).

 

Pauvreté intellectuelle:

            Ici, on est mal outillé intellectuellement, on n’est pas cultivé.

            La vie religieuse ne se réduit pas seulement au chapelet. L’unique mystère est celui du Christ, Marie n’est pas un mystère… D’où la nécessité de comble ce vide intellectuel… Cela aide à mieux comprendre le mystère du Christ et à mieux le vivre !! On ne va pas à l’école pour l’école. La formation intellectuelle ouvre l’esprit… Ce n’est pas heureux d’avoir un religieux, un prêtre qui est obtus, borné…

            La pauvreté ne se vit pas partout selon le même style de vie : nourriture, habillement, logement… il serait difficile, au regard de ce que nous venons d’évoquer, de nous classer dans la catégorie de pauvres matériellement d’abord et c’est là que le vœu de pauvreté est difficilement compris. Peut-être, “parler du vœu de mise en commun des biens et du partage” semble plus parlant aux hommes d’aujourd’hui.

 

 

II.        Que nous dit l’Ecriture en ce qui concerne “la richesse” et “la pauvrete

 

A. Dans l’Ancien Testament

           

            La richesse est un bien, elle est une bénédiction de Dieu (cf. Gn 26,12-13 ; Dt 8,7-10). La richesse assure l’indépendance (Pr 18,23). Pour acquérir la richesse, il fau le réalisme (Pr 12,11), il faut l’audace (Pr 12,16) il faut la sagacité (Pr 24,3-4).

            La richesse matérielle est un bien, certes, mais un bien secondaire, car il y d’autres biens qui la dépassent :

            La paix de l’âme (Pr 15,16), la santé (Si 30,14-17), le bon renom (une bonne réputation) (Pr 22,1) ; la justice (Pr 16,8) ; il y a des biens qu’on ne peut acheter : l’amour (Ct 8,7) ; la sagesse : un trésor à chercher et à rechercher sans cesse (Sg 7,7-12 ; Pr 2,4-5).

 

            La richesse est aussi un danger pour l’homme parce qu’elle fait croire qu’on peut se passer de Dieu (Pr 10,5). La richesse fait oublier l’Auteur de Tout Bien (Os 13,6), elle fait oublier l’Alliance.

            Etre sage consiste par conséquent à se méfier de l’argent et de l’or et à rester dans le juste milieu (Pr 30,8-9).

 

            La pauvreté est une expression douloureuse et se présente parfois comme un mal. Cette pauvreté est à combattre et personne ne cherche cet état d’indigence matérielle pour elle-même et, comme partout dans toutes les sociétés tout état d’impuissance, d’oppression, d’indigence devient un scandale. 

 

            La pauvreté prend différentes formes :

            La pauvreté de l’affligé, la pauvreté du malheureux, celle du persécuté, la pauvreté du mendiant, la pauvreté–carence, celle de l’humilié, la pauvreté comme privation des biens matériels.

 

            Quoiqu’il en soit, la pauvreté en tant que carence c’est-à-dire manque, mendicité, est considéré comme une malédiction de Dieu : elle est un mal, il faut lutter contre, il faut trouver un remède.

            Il y a certes, le “le pauvre de Yahvé”, celui-là c’est l’ami et le serviteur de Dieu, Dieu en qui il se confie, en qui il se remet. Dieu qu’il cherche et dont son âme à soif (Ps 62). Ce sont les pauvres selon le cœur de Dieu. Ce pauvre est humble, il vit dans la justice et la crainte de Dieu avec une foi et une fidélité indéfectibles. C’est ce pauvre que Dieu aime. Ici, la pauvreté est une disposition intérieure, une attitude de l’âme. 

                       

B. Dans le Nouveau Testament

 

            Jésus est le Messie des pauvres à qui il annonce le royaume (Mt 5,3). Les pauvres sont invité à table de Dieu (Lc 14,15-24).

            Toute la vie de Jésus montre cette pauvreté : sa naissance dans une étable (Lc 2,1-13). Sa vie se passe dans l’effacement, libre par rapport aux biens matériels, politiques, moraux, à la gloire et au prestige (Mt 2,1-11).

            Dans ses relations, Jésus manifeste la même liberté :

            Il est bien libre par rapport à ce que les hommes disent et pensent de lui.

§         Il mange et boit avec les pécheurs (Lc 5,29).

§         Il est ami des publicains et des pécheurs (Lc 7,34-36).

§         Il va chez Zachée (Lc 19,7).

§         Il se laisse toucher par une pécheresse (Lc 7,36-50).

§         Jésus va chez Lazare et ses sœurs Marie et Marthe, malgré le qu’en dira-t-on.

§         Il parle avec la Samaritaine (Jn 4,1-42).

 

            Jésus se sent libre car ce qu’il cherche, son but, c’est de faire ce que veut son Père et manifester la miséricorde de Dieu aux hommes.

 

            Jésus est libre vis-à-vis de sa famille.

§         Il fait faux bond à Joseph et Marie pour s’occuper des affaires de son Père (Lc 2,48-50).

§         Il privilégie les biens spirituels à ceux de sa famille : “ma mère, mes frères ce sont ceux qui écoutent la paroles et la mettent en pratique” (Mt 12,46-50).

§         Jésus demande à ceux qui désirent le suivre de le préférer à leur famille (Lc 14,26). Jésus ne néglige pas cependant sa mère qu’il confie à Saint Jean.

 

            Jésus est libre par rapport aux biens matériels.

§         Il n’a pas où reposer sa tête (Lc 9,57-61).

            En fait, la liberté de Jésus s’étend à tout et à tous parce qu’il est engagé au service de son Père, dans le service des hommes, il est libre par rapport à tout et c’est sans doute cette liberté qu’il a par rapport  tout qui constitue la pauvreté de Jésus.

            Il y a aussi le service de Jésus empreint d’humilité (Jn 13,4-5 lavement des pieds) “si vous avez compris ce que je viens de faire, si vous le faites vous serez heureux”.

            Etre pauvre, c’est accepter que seul Dieu est l’Absolu (Mt 6,24) et c’est la condition pour entrer dans le Royaume de Dieu. A ce propos, le Nouveau Testament nous enseigne :

§         La préférence de Dieu pour les pauvres (Mt 5,1-12) les béatitudes ; (Mt 11,5 ; Lc 1,46-55).

§         Jésus se montre comme celui qui est réellement uni aux pauvres (Mt 25,31-36). Il es uni aux pauvres sans voix : «Saül, pourquoi me persécutes-tu ?» (Act 9,4).

§         La méfiance quant à l’argent et les richesses, car, ce sont les faux biens, des biens trompeurs ; l’homme ne doit pas mettre sa confiance dans les richesses terrestres, car elles passent. L’homme doit s’appuyer sur Dieu seul (Lc 12,16-21 ; 16,19-31 ; 18,18-27).

 

            L’invitation au partage

 

§         La mise en commun des biens (Act 2,42-47). Les biens matériels dont jouit l’homme doivent servir au partage avec les plus démunis.

§         Le dépouillement des biens est vu dans cette perspective de liberté, de partage et de communion : C’est l’une des exigences de la Sequela Christi.

§         L’aumône  est considérée comme une obligation religieuse, on doit venir en aide aux nécessiteux de toutes sortes : pauvreté matérielle, morale, spirituelle, intellectuelle (Lc 12,33-34) : «Vendez vos biens, donnez-les en aumône, faites-vous des bourses qui ne s’usent pas… là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur».

           

            Bref Jésus nous apparaît pauvre et pas misérable tout au long des évangiles. Dès le berceau, il naît hors de sa maison familiale. Il travaille 30 ans à Nazareth pour survivre. Au cour de son ministère, il utilise les chose et tous les événement qu’il croit utiles pour son ministère, cependant il n’u a attache pas trop d’importance. Au contraire en toute circonstance, il fait preuve de soumission à la réalité. Il meurt enfin dans un dépouillement complet. Ici “dépouillement”, je le prends dans le sens de “liberté” : sa liberté à l’égard des bien matériels est effective.

            La pauvreté religieuse suppose d’abord et avant tout un jugement de valeur porté sur les choses humaines, par comparaison aux biens du Royaume de Dieu :

            «Va vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis, viens, suis-moi». L’appel de Jésus comporte trois aspects qui sont liée les uns aux autres :

§         Il faut vendre ce qu’on a, s’en défaire (mais cela ne suffit pas).

§         Il faut ensuite avoir le souci des pauvres : «donne-le aux pauvres…». La pauvreté sans l’amour des pauvres n’est pas la pauvreté évangélique. Il faut le partage des biens pour pouvoir résoudre les problèmes d’une injuste répartition des richesses.

§         «Viens, suis-moi» : la Sequela Christi. Oui, c’est pour cela qu’on se fait pauvre, pour pouvoir suivre le Christ, pour pouvoir être-avec-le-Christ. La pauvreté est libération, non seulement du cœur, mais aussi des biens de ce monde et de tout ce qui alourdit la vie pour suivre Jésus de plus près.

           

            Nous comprenons le sens de la pauvreté de Jésus en nous rendant compte que cet enseignement s’adresse à un peuple bien déterminé, dans les circonstances précises du temps et du lieu : «ma nourriture est de faire la volonté de mon Père». Le Christ est né dans la tradition des pauvres de Yahvé. (Du temps de Jésus, la richesse consistait en la possession de maisons, de terres, de troupeaux, de serviteurs).

 

            La pauvreté est ouverture et transparence devant Dieu, une humble soumission à Dieu, la pauvreté est cette dépendance de la créature à l’égard de son Créateur ; elle est une offrande de l’homme à Dieu, une disponibilité totale vis-à-vis de Lui. L’homme tendu vers Dieu passe à travers les biens de divers ordres sans s’y appuyer.

 

            La pauvreté est un bien tant qu’elle ne replie pas l’homme sur lui-même et l’oriente vers Dieu : elle mène à Dieu et à l’amour du prochain. La pauvreté est nuisible et perd sa valeur surnaturelle si elle rend dur et insensible à la charité : «Dieu est amour…»,  «aimez-vous les uns les autres… c’est à ce signe que l’on vous reconnaîtra… », nous dit Saint Jean.

 

 

III.      La dimension personnelle de la pauvrete religieuse

 

            Il faut dire tout de suite que le terme pauvreté pour désigner le vœu n’est pas adéquat. Les textes les plus anciens parlent de “Koinonia” ou utilisent l’expression “sin proprio” (sans possession particulière). Il s’agit davantage de la communauté des biens, de la mise en commun des biens ou encore de la dépendance dans l’usage des biens plutôt que de la pauvreté–manque ou pauvreté–privation.

 

            La pauvreté religieuse, c’est la liberté d’âme et d’esprit vis-à-vis des biens de ce monde. C’est comme dit le Père Nothomb dans son livre “Comme un trésor caché”, la pauvreté de celui qui trouve un trésor caché dans un champ et qui va, ravi de joie, vendre tout ce qu’il possède pour acheter ce champ (Mt 13,43-45).

 

            La pauvreté que nous avons à vivre ne consiste pas à être pauvre comme les pauvres et les nécessiteux. Il s’agit d’être pauvre à la manière de Jésus.

           

            La pauvreté n’est pas en elle même un absolu. Elle n’a de sens que si elle est référence au Chirst modèle de notre pauvreté. Il ne s’agit pas de notre pauvreté, c’est-à-dire la pauvreté comme nous l’imaginons, ce n’est pas de cette pauvreté que nous sommes appelé à vivre. Notre vocation consiste à manifester aujourd’hui, la pauvreté du Christ dans son abaissement, dans son incarnation. Dans ce sens nous pouvons dire que notre vœu de pauvreté est détachement vis-à-vis des biens de cette terre certes, mais elle est avant tout une disposition intérieure, une disposition du cœur. Le Christ et les pauvres de Yahvé nous en donnent l’exemple, c’est l’HUMILITE. Et l’une des manifestation concrète de notre vœu dans la vie religieuse est l’humilité et, comme le dirait Thérèse de l’Enfant Jésus : «se savoir petit devant Dieu, savoir se soumettre à lui dans la foi et se savoir être aimé de lui gratuitement ».

 

            La vertu de l’humilité libère l’homme de lui-même et le rend libre pour le service des autres. La pauvreté-humilité nous fait prendre conscience que nous recevons tout de Dieu : existence, talents, savoir… nous les recevons pour PARTAGER. Voilà pourquoi notre vie doit être éternelle reconnaissance vis-à-vis du Créateur et de ceux qui nos entourent, une vie d’action de grâces.

            Cet état d’âme nous rend capables de porter un regard de foi sur les différents situations, les événements, les personnes, avec un cœur désencombré, paisible. Nous devenons alors plus indulgentes, prêtes à concevoir que les autres ne nous doivent rien. Cette attitude spirituelle et intérieure développe en nous le goût de la liberté à l’égard des biens matériels, c’est seulement alors que nous pouvons consentir à un travail sur nous-mêmes pour nous libérer de notre désir de propriété avec tout ce qui peut contenir d’exclusif, d’enfermement sur soi ; c’est cette vie intérieure qui nous donne d’user des biens de ce monde sans en être esclave.

 

            Notre pauvreté religieuse est simplicité, dépouillement, ouverture (à dieu et aux autres). Voilà pourquoi elle nous engage dans une totale dépendance vis-à-vis des supérieures et de la communauté. C’est là que nous manifestons concrètement notre don total à Dieu et notre dépendance à Lui et aux autres. Etre pauvre, c’est apprendre à aimer Dieu, à s’aimer soi-même et les autres ; c’est apprendre à s’accepter soi-même avec ses limites, ses fragilités. Ainsi notre pauvreté extérieure sera-t-elle le reflet de ce que nous vivons à l’intérieur. Voilà pourquoi nous pouvons dire que la pauvreté-humilité est la mesure de l’intensité de la vocation reçue et accueillie.

            Je pense qu’il faut aussi souligner que la pauvreté religieuse est purification de la mémoire, c’est le vœu du pardon et de la réconciliation, on n’a jamais pardonné assez, on n’est mais assez pauvre, jamais assez humble, on le devient journellement en cheminant avec ses consoeurs et confrères  en communauté.

 

 

IV.       LA DIMENSION COMMUNAUTAIRE DU VŒU DE PAUVRETE

 

            Parce qu’elle est la disposition intérieure qui nous permet de vire la mise en commun des biens, de bâtir la fraternité, la pauvreté–humilité du cœur est source et fondement de la communauté. Elle est liée à la “vie fraternelle en communauté”, à l’obéissance, à la chasteté, à l’apostolat, à notre rapport avec le Christ.

            Car :

            –Sans la pauvreté du cœur, aucune religieuse ne peut durer. C’est grâce à cette disposition du cœur que se construit la communion, l’unit des esprits et des cœurs.

            –La pauvreté est le visage de Dieu, elle est témoignage de la Trinité qui est : Amour, écoute, accueil, disponibilité, décentrement, dépossession de soi, patience, don de soi aux autres, respect de la conscience d’autrui… et tout ceci dans un désir de cheminer ensemble, en Eglise, dans un esprit de prière, dans un désir de réaliser l’unité dans la différence à l’image de la communauté Trinitaire. Vivre la pauvreté religieuse, c’est accepter d’entrer dans le mouvement Trinitaire qui est une relation d’amour.

 

V.        LA FORME CONCRETE DE LA PAUVRETE

           

            Elle n’est pas aisée de déterminer. Elle n’a aucune règle absolue qui s’impose. Il suffit de voir l’histoire des Institutions religieuses. La pauvreté de Saint François d’Assis ne ressemble pas à celle d’Ignace de Loyola, ni à celle de Saint Benoît de Nursie, celles des Petites Sœurs de Jésus est différente de celle des Filles de Jésus, etc… (je regrette infiniment de n’avoir pas lu vos constitutions pour voir comment vous concevez et proposez le vœu de pauvreté…).

            La pauvreté est relative à l’époque, à la société et la mentalité. Aujourd’hui, la pauvreté doit et peut s’exprimer sous des formes nouvelles précises (Concile Vatican II, PC n° 3)

            La pauvreté doit s’adapter aux exigences de notre temps et de notre apostolat. La pauvreté religieuse qui et un esprit doit toutefois transparaître dans la chair et produire l’attitude intérieure qu’elle signifie et les Constitutions expliquent comment la Congrégation entend que ses membres vivent ce vœu.

            En tous cas, la pauvreté reste toujours : une mise en commun des biens, un partage fraternel, un abandon à la Providence.

           

            Concernant la mise en commun des biens et leur usage, le radicalisme évangélique invita sans cesse la communauté à s’interroger sur la qualité de vie dans la fonction de l’humanité où elle est implantée… d’une part, et d’autre part à se demander comment elle partage concrètement entre ses membres ses biens mis en commun ? Comment elle donne concrètement ses biens : «va, vends, donne…» (Mc 10,21) ? Ou encore mieux, sa participation effective pour libérer le pauvre, l’aider à sortir de cette situation qui est un mal, à vivre en «être humain digne, responsable de lui et des autres?» Si la communauté est attentive, ouverte et accueillante aux signes des tempsintimement unie à Celui qui est le cœur de la vie fraternelle en communauté, la communauté trouvera des expressions concrètes vivre le vœu de pauvreté aujourd’hui. Il reste vrai toutefois que, par le vœu de pauvreté, le religieux renonce à l’usage libre des biens et pratique la vie communautaire. Le religieux dépend, pour ses biens matériels, de la communauté qui devient Providence. Réunis par un même appel et une préoccupation commune, les frères partagent un même esprit. La mise en commun exprime leur solidarité des pauvres, elle marque leur libération des biens matériels et leur disponibilité pour le règne de Dieu. Libres à l’égard de tout, ils veulent être tout à tous.

           

            La pratique de la pauvreté à l’égard du prochain ne veut pas dire s’afficher comme pauvre, elle ne consiste pas à s’afficher comme pauvre, ni à demander l’aumône pour prouver que l’on est pauvre, ou à ne rien donner pour dire que l’on n’a rien à donner (il y a des communautés qui on du mal à accueillir quelqu’un pour un repas). 

 

            La pauvreté est un dépouillement de soi au profit de l’autre. Le pauvre de Yahvé est capable de s’ouvrir aux besoins des autres et de les aider à grandir. Le pauvre de Yahvé sait partager, il sait donner, il sait se dépenser gratuitement avec effacement. L’accueil et la discrétion sont les signes du détachement. Le repli et la parcimonie sont les signes de l’avarice. La pauvreté est apostolique : «Ce que vous ferez au plus petit des miens c’est à moi que vous les faites…».

 

            Lorsqu’on lit l’Evangile en profondeur, on est frappé de voir que Jésus ne parle pas de la pauvreté comme telle, il parle plutôt des pauvres :

            –Pauvres matériellement c’est-à-dire ceux qui ont besoin d’aide matérielle et d’aumône.

            –Pauvre spirituellement :

·        Ceux qui sont vides intérieurement, pas de joie intérieure, éloignés de Dieu.

·        Les humbles…

 

             Si l’on s’en tient sobrement aux textes évangéliques, il faudrait moins parler de pauvreté que de partage par lequel on cherche à supprimer le manque des  autres.

 

            Lorsque Jésus demande de se dépouiller, c’est pour partager avec les pauvres. La pauvreté chrétienne est donc le partage de ce qu’on a et de ce que l’on est dans la communion fraternelle.

 

            Faire vœu, c’est s’engager à imiter le Christ. Au niveau communautaire, cela va se traduire par une vie simple, un accueil chaleureux et réel de la personne du pauvre ; car, il y a une manière d’accueilli, de recevoir l’étranger, le pauvre, un “style de vie” qui fait que les pauvres qui sont à la porte de nos communautés sont mal à l’aise… La communauté doit développer le souci de vivre la solidarité avec les pauvres et aura à cœur de se le rappeler sans cesse.

 

            Le vœu de pauvreté, c’est aussi s’engager à libérer le pauvre de cette situation de misère. L’assistance des pauvres ne suffit plus. Il faut conscientiser les chrétiens, les hommes de bonne volonté, pour qu’ils se tienne en mains : il faut former un laïcat engagé, il faut réveiller les consciences à tous les niveaux. Dieu nous donne l’énergie pour nous engager et trouver des solutions. Jésus-Christ réveille les consciences, Jésus-Christ donne une conscience des problèmes. Si on ne réveille pas les consciences, on n’a pas rencontré Jésus-Christ.

            Dans nos communautés, je parlerai de la “Corruption de la Conscience”, c’est-à-dire quelquefois, on ne laisse pas les personnes, on ne les encourage pas, on ne les aide pas à fructifier leurs talents.

 

            Cela veut dire tout simplement que nous ne contribuons pas à développer notre Institut, à augmenter notre patrimoine, à enrichir notre patrimoine religieux.

           

            Si nous ne pouvons rien donner, nous ne vivons pas notre vœu de pauvreté.

 

            Mais alors, les communautés sont-elles conscientes de cette réalité ?

 

            Dieu nous a donné des moyens pour travailler et produire des richesses. Le vœu de pauvreté exige un effort à s’enrichir. Il faut exploiter tous les moyens. Plus nous sommes riches, plus nous pouvons aider, plus nous pouvons donner aux pauvres : il nous faut maîtriser le temps, la volonté, nos énergies, faire produire le temps, autrement, nous ne pouvons pas vivre notre vœu de pauvreté. Monseigneur Jena ZOA dira : «le bonheur du chrétien consiste à partager ; or, pour partager, il faut avoir ; pour avoir, il faut produire abondamment ; pour produire abondamment, il faut travailler rationnellement ; pour travailler rationnellement, il faut s’organiser solidairement» (Homélie Noël 1995).

 

 

VI.       L’ESPRIT DE PAUVRETE

 

            L’esprit de pauvreté consiste à renoncer non seulement à ce que l’on a, mais aussi jusqu'à ce un certain point à ce que l’on est. Il s’agit de perdre sa vie c’est-à-dire, par exemple, de dépasser autant que possible notre mentalité, notre culture, nos habitudes de vie et de langage pour épouser celles des peuples auxquelles le Seigneur nous envoie et de le faire par amour.

 

            La pauvreté spirituelle n’aliène pas, elle est ouverture et dialogue, en toute sincérité.

 

            S’il est vrai qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, il es vrai qu’il est parfois aussi difficile de recevoir que de donner. Quelques fois, on sent que l’ont donne pour se débarrasser du pauvre… On oublie parfois qu’il faut faire aumône peut-être cents fois pour trouver le vrai pauvre (j’en conviens, il faut être prudent ne pas se faire rouler…) autrement dit, donner toujours quand on peut ; à la limite il vaut mieux se faire rouler. Il peut aussi arriver qu’on côtoie journellement le pauvre sans le reconnaître : «Ils ont les yeux et ne voient pas».

 

            Il faut aussi apprendre à recevoir. C’est peut-être même une forme élémentaire de justice et de charité.

            La pauvreté, c’est le dépouillement de soi-même en faveur du pauvre, en faveur de celui qui n’a pas. C’est la compassion avec le pauvre, c’est encore entre accueil et partage.

            Il y a aussi un aspect qui vaut la peine d’être relevé : c’est l’aspect pauvreté-travail.

            Le travail avec et pour les pauvres reste un défi constant pour nos congrégations et même pour l’Eglise. Aller vers les pauvres est une demande de l’ordre de la foi parce que Jésus-Christ s’est identifié à eux aussi bien dans sa vie que dans son enseignement.

            Les types de présences peuvent êtres très divers selon les charismes de différentes congrégations.

            Nous l’avons dit, la misère, la pauvreté est un mal qu’il faut combattre… et les armes ce ne sont pas uniquement la charité, la compassion, le moralisme… il s’agit de compétence (mais on ne peut être compétent dans tous les domaines. Il s’agit de mobiliser les énergies, les imaginations, les moyens… pour aider les pauvres à sortir de cette situation).

 

            Les religieux, insistent les pères conciliaires, doivent vivre de leur travail, et même autant que faire se peut, contribuer à aider les malheureux, la société, l’Eglise. Cela suppose que les religieux soient créatifs, qu’ils soient audacieux…

           

            Celui qui manque trop de pain quotidien n’a plus aucun goût du pain Eternel : nous aurons beau prêcher, nous crierons en fin de compte comme le prophète Isaïe: «Seigneur, qui a cru à notre prédication ?». Ceux que nous voulons évangéliser, quand présent sur leur âme les légitimes soucis quotidiens : Nourriture, vêtements, remède, comment leur faire découvrir Dieu ? «Donnez-leur vous-mêmes à manger…», dira Jésus.

 

            Nous devons travailler et apprendre aux hommes, aux pauvres à travailler. Nous devons leur apprendre à mettre le Christ au centre de leur vie, à avoir l’art de vivre du Christ, alors ils sauront combattre les problèmes d’ordre essentiel : matériel, intellectuel, spirituel… Nous sommes appelés à guider les autres.

           

 

VII.     POUR CE QUI EST DES RELIGIEUX

            QUELS RAPPORTS AVOIR AVEC LA FAMILLE ?

            (Ce que nous disons pour les religieux vaut aussi pour les religieuses)

 

            J’avoue que le mot “pauvreté” raisonne mal dans nos oreilles, dans notre contexte africain, car ce mot a une connotation négative et pour l’Afrique, ce n’est pas in idéal que de devenir pauvre. Vivre la pauvreté reste une expérience délicate, complexe et même ambiguë pour les problèmes que nous avons déjà évoqués. Le monde lutte contre la pauvreté et nous nous engageons à devenir pauvreté. D’où l’importance de comprendre le sens de la pauvreté religieuse.

           

            Nous vivons dans un milieu matériellement pauvre et on est confronté à la modernité.

           

            Par rapport à la famille : nous nous trouvons presque toujours dans une condition de vie matérielle privilégiée par rapport à notre famille. Commet nous comporter pour que notre motivation vocationnelle ne soit pas interprétée comme  la recherche d’un statut social ? Le problème de l’aide aux familles est très délicat, il faudrait le considérer. Certes on ne se fait pas religieux pour s’occuper de sa famille, et pas plus pour ne pas s’en occuper. Dans Mc 7,9-13 et Mt 15,5 Jésus condamne ceux qui sous prétexte de vœux, se soustraient à ce qui est la loi commune.

            Par rapport à l’aide à la famille, plusieurs Congrégations ont envisagé certaines solutions :

        Budget d’aide aux familles,

        Remise d’une certaine somme pour la famille,

        On désigne un confrère pour s’occuper des parents nécessiteux des confrères en mission ailleurs…

 

            Un effort sera fait toutefois pour que le religieux, ne donne qu’au nom de la communauté : c’est la communauté et non l’individu, de sa propre initiative, qui aide les familles quand un besoin se présente. (Cela est aussi une protection pour le religieux. Sa famille sait que c’est la communauté qui donne…).

 

            Des contacts vrais devraient exister entre la communauté et les familles. La solidarité doit aller au delà du clan et il faut viser la promotion humaine c’est-à-dire les gens se prennent en charge, ainsi la communauté jouerait davantage son rôle prophétique et libérateur des pauvres (Lc 4,18). Apporter le Christ c’est aussi aider à lutter contre la pauvreté matérielle et l’ignorance, lutter contre leurs causes et leurs conséquences.

 

            Pour nous, africains, il est indispensable que nous soyons au clair avec nous-mêmes et avec la vocation que nous avons reçue de Dieu et la mission qui nous incombe, comme témoins de l’Absolu de Dieu au service des plus démunis.

 

            La vie consacrée en Afrique se vit aussi le service fraternel de promotion de la dignité humaine et chrétienne, par l’évangélisation, l’éducation et les œuvres sociales.

 

            Il est urgent qu’en Afrique notre vœu de pauvreté soit perçu sous l’angle de la charité c’est-à-dire du partage. Cet amour (services des plus délaissés, des nécessiteux) est à vivre à l’école du Christ.

 

             Dans cette perspective, notre témoignage pourra consister essentiellement en une certaine attitude d’âme et un comportement de vie :

 

            Attitude d’âme qui sait apprécier à sa juste valeur le caractère éphémère, passager des biens de ce monde.

        Apprendre à vivre libres, détachées de tout, de nous-même, de notre temps, de nos relations et nos responsabilités pour être disponible à la mission qui nous est confiée.

        Apprendre à valoriser les pauvres (étant en contact avec nous ils retrouvent le goût de la vie).

        Apprendre à apprécier la place du travail dans notre vie.

        Savoir gérer notre temps et le bien commun : chacun est responsable des biens et de l’ensemble.

 

            Un comportement de vie : le comportement d’un religieux qui use des biens de ce monde dans le cadre de sa vocation c’est-à-dire avec discernement, sans orgueil ni égoïsme, sans esprit de domination ni avarice. Ainsi, par exemple la voiture est vue et utilisée comme un instrument de travail et pas une fin en soi ; utiliser les moyens modernes de communication pour annoncer Jésus-Christ. Il es important de ne pas se laisser récupérer par le monde et le monde nous récupère lorsque le Christ n’est plus au centre de notre vie, lorsque nous ne comprenons pas le rôle de la prière dans notre vie et même le rôle de la vie fraternelle en communauté.

           

            En Afrique, le partage comme la charité ne sont pas facultatifs. C’est un devoir impérieux de “faire le bien”, venir en aide au prochain qui croupit dans la misère sous toutes ses formes. Pour cela nous devons apprendre à nous détacher en faveur de l’autre (cf. Jn 13,34 ; 15,12-13 ; Lc 10,29-37).

 

            Notre pauvreté ne veut pas dire nivellement. Ce que notre peuple, ce que les gens attendent de nous, ce n’est pas de devenir comme eux, de vivre dans le dénuement… ils savent que ce n’est pas vrai. Nous devons être des agents de développement de tout homme et de tout l’homme.

 

            Ici, le vœu de pauvreté s’appelle disponibilité, accueil, écoute, partage, hospitalité, proximité. Il s’agit de nous impliquer, ave discernement, dans la situation des nécessiteux avec ce désir de les aider à s’en sortir. Le Christ est venu sauver l’homme tout entier, corps et âme.

 

            Voici ce que disait Julius Nyerere, ancien Président de Tanzanie dans un discours-homélie à des religieux :

 

«Tout ce qui empêche l’homme de vivre en toute dignité et décence, doit être attaqué et combattu par l’Eglise et par ses ouvriers. Car il n’y a en fait, aucune sainteté dans une pauvreté imposée. Et bien qu’on puisse trouver des saints dans les taudis, nous ne pouvons pas conserver les taudis afin qu’ils engendrent des saints ; un homme qui a été démoralisé par les conditions dans lesquelles ils est obligé de vivre n’est d’aucune utilité ni pour lui-même ni pour sa famille, ni pour sa nation. S’il peut être de grande utilité pour Dieu, ce n’est pas à moi d’en juger» (Dialogue Juillet/août  72).

 

Le partage, mais quoi partager ?

           

            P.C. 13 « Par son travail, le religieux doit se procurer lui-même le nécessaire pour sa vie et ses œuvres.» On ne travaille pas pour accumuler les biens. Le religieux partage ce qu’il est et ce qu’il a avec ceux qui n’ont rien, tout cela en lien avec sa communauté.

2Co 9, 7-11.3… « que chacun de vous donne sana regret  et sans contrainte ». Pour Paul, en ce qui concerne le partage, il faut partager.

            Dans E.T. 21, Paul VI parlait aux religieux en ces termes : « la pauvreté  religieuse est effectivement vécu par la mise en commun des biens, y compris le salaire gagné par son travail, attestera la communion spirituelle qui nous unit. Elle sera un appel  à tous les riches, elle apportera un soulagement à vos frères et sœurs dans le besoin. »

            Pour le religieux africain, selon moi, concernant les difficultés de la vie religieuse, il n’y en a pas que l’on puisse qualifier de spécifiquement « africaines ». Cependant, l’accentuation communautaire du vœu de pauvreté … et souvent, et c’est à ce niveau, qu’il y a des heurts, des problèmes de tiraillement qui déséquilibrent la communauté et crées des cas de conscience. Pour un africain (religieux), le partage est une notion très importante qui détermine son comportement, ses options, sa sensibilité. Son idéal reste donc de partager ce qu’il est, ce qu’il a.

           

            Pour un Africain, il s’agit moins de pauvreté  comprise  uniquement comme privation volontaire et dépendance que du partage, spirituel et matériel, effectif. Ainsi, être pauvre, c’est partager ce qu’on est et ce qu’on a. C’est cela être pauvre avec le Christ.

 

            Cette vision ne supprime pas l’esprit de dépendance, mais elle lui donne une nouvelle dimension où la personne et la communauté sont beaucoup plus  engagées.

 

            Je crois que c’est là le nœud du problème de vol déploré dans les communautés, les problèmes de détournement d’argent…

 

            Là aussi se pose le problème des familles.

 

§         Comment le religieux, marqué par la notion africaine de famille, pourrait-il vivre en paix alors que les sien s ont purement confrontés à la misère ?

§         Comment supporterait-il de ne pas  partager, fermer les yeux et croiser les bras face aux besoins de ceux qui  lui sont les plus chers ?

 

            Nous avons l’obligation d’aider nos parents quand ils sont dans le besoin. Cependant susciter des cadeaux, de l’aide chez  les bienfaiteurs pour aider sa famille, parce qu’on n’a pas pu, l’obtenir dans la communauté, est dangereux et peut mettre la vocation en péril. C’est même déshonorant. Assister les parents n’est pas aller  à l’encontre des préceptes du Christ. C’est simplement « honorer son Père et sa mère ». La rupture avec les parents en grave nécessité fait obstacle au témoignage évangélique authentique. Il est important de donner toujours au nom de la communauté.

 

            Mais qu’est-ce que chaque communauté envisage pour  mettre fin à ce dilemme ?

 

            Le partage est, sans nul doute le lieu privilégié d’un témoignage  évangélique de pauvreté. Car, les pauvres ont besoin d’une promotion humaine, ils peuvent sortir  de cette situation de misère insupportable.  La pauvreté est un mal. .la pauvreté religieuse nous pousse à opter, avec Jésus, et comme Lui, pour les pauvres, les opprimés et à dénoncer les oppressions.

 

            Je n’ai pas soulevé le problème vde « l’argent de poche »

Mais nous avons dit que la pauvreté est, une ouverture, confiance, clarté, transparence.

 

 

            En gros, je dirais que la pauvreté des religieux africains

§         Sera un e pauvreté des hommes et des femmes qui travaillent pour gagner leur vie.

§         La pauvreté des gens,qui s’engagent à fond pour le développement intégrale de la personne humaine.

§         La pauvreté des gens qui partagent ce qu’ils gagnent avec les  pauvres (y compris e familles).

 

            Pour éviter des injustices dans ce partage, (Cf. des plaintes des Grecs : Act 6,1) il doit être fait par la communauté elle-même et non par des individus à l’égard de leurs familles nécessiteuses. Le religieux ne vit pas dans un monde privé, isolé et traitant ses affaires comme bon lui semble : il est membre d’une communauté. Les aspirations qu’il porte sont aussi celles de la communauté, par conséquent, l’aide à apporter ne se fait individuellement, c’est la communauté qui assume cette responsabilité et il est important que les parents le sachent. Ce n’est pas le religieux  qui possède les biens et dispose ; c’est la communauté qui donne. Voilà une interpellation pour les religieux, pour le religieux, pour la communauté et surtout encore pour le supérieur, car qu’on le veuille ou pas, c’est le supérieur qui donne une certaine collaboration à sa communauté.

 

            Comment vivre cette réalité s’il n’y a pas un esprit de fraternité, de simplicité, d’ouverture…en un mot un esprit de famille ?

 

            Comment vivre cette réalité dans une communauté qui ne s’intéresse pas aux situations souvent difficiles des soeurs et des frères et de leurs familles ?

 

            Une communauté où le religieux ne se sent pas à l’aise, mal dans sa peau, où il ne se sent pas chez lui… avec qui pourra-t-il partager, parler cœur à cœur des problèmes de sa famille et de ses propres problèmes ? Qui sera assez discret pour l’écouter, l’entendre sans interpréter ni divulguer quelques instant après ?

 

 

            N.B. on peut aider, les gens à s’aider eux-mêmes, à se  prendre en main.

 

            Aider nos familles à s’aider dans la dignité, trouver du travail à quelqu’un, un frère qui soutiendrait la famille

 

            Cette pauvreté sera enfin la pauvreté dont le souci majeur est la sequela christi  et non la recherche des biens matériels, la sécurité matérielle dans une congrégation. La pauvreté prend effectivement le nom de PARTAGE.

            En Afrique, le vœu de pauvreté veut aussi dire « être-avec », étre un lieu de dialogue,  un lieu de parole, être attentif à l’autre, le respecter dans sa dignité, respecter sa race. C’est le vœu du partage des souffrances, des solitudes, des joies et des peines. C’est le vœu de la fraternité,  au delà des frontière pour que, son règne arrive !

 

 

COMMENT NOUS FORMER POUR MIEUX VIVRE NOTRE VOEU DE PAUVRETE?

 

 

COMMENT AUJOURD’HUI, PENSONS-NOUS FORMER NOS JEUNES A VIVRE LA PAUVRETE EVANGELIQUE ICI EN AFRIQUE ?

 

 

QUELS DEFIS AVONS-NOUS À RELEVER ?

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            L’homme a besoin d’une richesse et nous sommes faits pour cela. Dieu nous a créés pour que nous soyons riches de Lui «Tu nous as fait pour toi, Seigneur et notre cœur ne connaît point de repos tant qu’il ne repose en toi» ( Saint Augustin) Nous sommes fait pour être riches de son amour, de son esprit…Il s’agit d’abord d’aider les jeunes à découvrir cette richesse-là, la richesse intérieure, bouter à cette richesse qu’est Dieu, de le  découvrir, de le rencontrer…alors seulement, d’eux-mêmes ils pourront laisser  tomber des choses. La nature a horreur du vide. Autrement, si les jeunes n’ont pas encore découvert la richesse spirituelle, on les casse, ils ne peuvent pas comprendre, ou alors ils seront hypocrites et vont se dépouiller extérieurement alors que leurs cœurs sont ailleurs. En faisant l’expérience de Jésus, à cause de Lui, le reste sera déconsidéré : «Je considère tout comme ordure… » (Ph 3, 7-9).

 

            Le vœu doit être signifiant pour la personne d’abord et pour ceux qui la voient vivre.

           

            En vérité, tel qu’il se vit aujourd’hui, le vœu de pauvreté n’est ni vécu comme tel par les religieux, ni perçu comme tel par ceux qui nous voient vivre. A la société africaine le vœu de pauvreté ne transmet aucun message ou presque.

           

            Car, sur le plan du savoir, sur le plan de la sécurité de vie, la considération même, les religieux sont privilégiés : ils ont tout et je dirai même qu’ils sont tout sauf des pauvres (selon les personnes qui nous côtoient).

           

            Appelés à être SIGNE, ce signe de pauvreté ne passe pas, il passe mal.

        Alors, faut-il continuer ce vœu ? Dans son allocution aux religieuses de Kinshasa, Jean Paul II disait : «De nombreuses africains entrées en religion cherchent à donner au vœu de pauvreté un visage nouveau et plus adapté au milieu dont elles sont issues. Elles tiennent à vivre du fruit de leur travail et à partager sans cesse ce fruit avec d’autres…»

        Ne serait-il pas mieux de trouver une nouvelle formulation, une nouvelle forme ou un autre signe pour exprimer ce vœu de pauvreté dans le contexte africain ? (Cf. PC 13 qui invite à trouver de nouvelles formes de vivre et pratiquer la vie religieuse dans nos milieux de vie (cf. V.C. 89).

        Souvent le vœu est un présenté d’une manière négative, essayer de le présenter positivement comme vertu.

           

            L’Evangile envisage le salut de l’homme riche (cf. Lc 19,8-9) en lui apprenant à bien utiliser ses richesses pour mieux connaître et aimer Dieu, le servir, secourir les nécessiteux.

            L’Evangile envisage le salut des pauvres matériellement en leur apprenant à gagner leur vie honnêtement sans avoir besoin de voler par exemple (cf. Act 18,3 ; 2Th 3,12).

 

            La religieuse, le religieux est appelé à être pour tous présence de Jésus et signe de l’Evangile pour tous. Il y a plusieurs défis que nous devons relever.

     

§         Une bonne formation : former les jeunes en leur apprenant les sens de la responsabilité.

Il faut   se développer pour accomplir la mission propre au charisme de l’Institut. Ainsi, chaque membre de la communauté est appelé à produire des richesses, à se prendre en charge, et à prendre aussi en charge l’Institut.

Que chacun se sente responsable à son niveau de ce don que Dieu a fait à l’Eglise, à notre congrégation pour réaliser le projet évangélique confié à l’Institut.

Bien former aussi les jeunes en leur donnant une profession qui pourra les aider à travailler efficacement pour aider à l’autofinancement.

 

§        Le travail : le vœu de pauvreté se situe par rapport à une théologie du travail, une théologie du développement et du partage. La loi du travail s’entend ici comme coopération au développement du lieu de notre mission, développemtn de la société et au progrès du monde. Il y a partage fraternel des biens, symbole testimonial pour cette société injuste.

                  Jésus est charpentier (Mc 6,2-3).

                  Paul travaille de ses mains (Act 18,3 ; 1Cor 4,12 ; 2Th 3,12).

 

            Suivre le Christ suppose travailler de ses mains et Jésus le recommande à ses disciples (Mt 10, 9-10).

            Cf. Evangelica Testificatio, n° 20 : le Pape Paul VI écrit qu’un aspect de la pauvreté du religieux est «d’attester le sens humain du travail accompli dans la liberté et rendu à sa nature de gagne-pain et service». Lire aussi : E.T. n° 21.

            Durant la formation (postulat, noviciat, juniorat), mettre le travail manuel au programme : culture, élevage (poules, lapins..).

           

§        Le partage : le religieux travaille pour le partage avec ceux qui n’ont rie. Il se fait pauvre pour enrichir les autres. Son travail n’est pas pour s’enrichir ou accumuler.

 

 

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            Partager, mais quoi partager ? Comment partager ? A voir en communauté.

            C’est facile de partager ce qui ne nous a pas coûté, ce que l’on a reçu comme don…

            Le partage ne doit pas se limiter au matériel. Il y a aussi le temps, l’écoute, les biens spirituels…

§         La solidarité. C’est-à-dire d’abord penser à l’autre, vouloir le bien de l’autre, la solidarité peut révéler au monde le sens de notre consécration à Dieu.

 

            Travailler dans les milieux délaissés : prison, la rue, centre de santé, alphabétisation…

 

§         L’humilité parce que l’humilité, en fait, nous libère de nous-même et nous rend plus libres pour le service des autres, plus disponibles.

           

            La vraie pauvreté est d’abord celle qui libère et transforme la personne. La pauvreté religieuse ne doit pas déshumaniser le religieux ou la religieuse. Elle amène le religieux à relativiser les biens de ce monde qui passent. Elle fait ainsi du religieux un SIGNE pour ce monde où les hommes son tendus vers les biens matériels, vers le pouvoir, elle le fait participer à la pauvreté de Jésus.

            En vivant pleinement son célibat consacré le(a) religieux(se) vit aussi la pauvreté dans une mentalité qui considère l’enfant comme une richesse.

            Nous allons conclure avec Vita Consecrata, n° 65 qui souligne la nécessité “d’une bonne formation religieuse” qui forme à la rencontre vraie de la personne du Christ, à l’amour préférentiel de Jésus et cette bonne formation pousse à rechercher des formes nouvelles pour vivre une pauvreté religieuse–signe aujourd’hui.

            «La préparation de la personne à la consécration totale d’elle-même à Dieu, la Sequela Christi, au service de la mission… La formation devra, par conséquent, imprégner en profondeur la personne elle-même, de sorte que tout son comportement… conduise à révéler son appartenance totale et joyeuse à Dieu».

 



                [1] Cf. Victor Codina & Noe Zevallos: La vie religieuse, Cerf , Paris 1992, p. 37.