2 de noviembre de
2004
Conmemoración de
los Fieles Difuntos
2. Ponencia sobre la vida consagrada en África
(Hna. Kana
Bella)
FRATERNITE MISSIONNAIRE
VERBUM DEI EN AFRIQUE
MONASTERE SAINT BENOIT DE
BABETE
JOURNEES DE REFLEXION 25/10
– 7/11/2004
2 Novembre 2004
Par Sœur Madeleine Gertrude
KANA BELLA,
Sœurs de Saint Paul de Chartres
INTRODUCTION
La
vie religieuse existe depuis le IVe siècle, elle est très liée à la
paix Constantinienne (à l’Edit de Milan en 313 et aussi à l’Edit de
Thessalonique en 380 qui fait de la religion chrétienne, la religion officielle
de l’Empire romain).
L’engagement religieux, à
l’origine, ne prenait pas la forme des tris vœux.
Dans P.C. 1 §2, le concile
affirme que «dès les origines de
l’Eglise, il y a eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique
des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus
fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à
Dieu : ce sont essentiellement ceux qu’on nomme : les ascètes et les
vierges» (la continence sous forme du célibat ou de la virginité est une
réalité nouvelle dans le monde gréco-romain, propre au Nouveau Testament).
C’est la période du désert :
Antoine, né en 270, n’a
jamais été à l’école. Il n’est pas un intellectuel. Il a perdu ses parents à
l’âge de 18 ans, c’est 4n chrétien du peuple. Au cours d’une liturgie de la
parole, Antoine entend ces paroles de Mt 19,21 : «si tu veux être parfait, va, vends tes biens, donne-les aux pauvres».
Il considère que ces paroles lui sont adressées. C’est comme cela que commence
l’aventure d’Antoine[1].
C’et un mouvement
prophétique que personne ne pouvait imaginer,. C’est l’action de l’Esprit qui
fait surgir cette marche dans le désert : les anachorètes.
Petit à petit, les
anachorètes vont se réunir sous la direction d’un père spirituel qui devient le
supérieur de la communauté : c’est alors que naît la vie cénobitique avec la
naissance des premières communautés religieuses et Pacôme a joué un rôle
remarquable dans ce processus évolutif. Pacôme, naît vers 292 d’une famille
païenne. Il se converti à 20 ans et quitte
Car conscient des grandes
difficultés qui harcèlent les anachorètes pour atteindre la perfection
chrétienne, vers 320, Pacôme entraîne un groupe de ses disciples vers la vie
cénobitique c’est-à-dire la vie en
communauté, la sainte Koinonia.
Cette Koinonia repose sur la pauvreté c’est-à-dire, la mise en commun des biens,
la communauté de vie, de table, de travail, de prière… L’obéissance lie tous
les membres de la communauté.
La vie religieuse vient de
faire un pas très important. Les exigences de la vie monastique vont amener un
changement radical de la vie religieuse. Désormais, la vie communautaire en
constituera l’élément propre, voire même fondamental.
Comme nous les constatons,
la triade classique des vœux s’est dessiné progressivement tel que nous venons
le voir… et c’est entre le 12e et 13e siècle qu’elle
apparaît telle que nous connaissons aujourd’hui, à savoir les vœux de pauvreté,
chasteté, obéissance.
Aujourd’hui, nous allons
nous pencher sur le vœu de pauvreté.
Ce mot “pauvreté”
désigne des réalités différentes et engendre bien des malentendus. La pauvreté
idéale n’existe pas ; je ne sais même pas si elle aurait un sens étant
donné que la pauvreté religieuse est vécue à un moment de l’histoire et à un
endroit précis du monde, dans telle ou telle mission ou œuvre d’apostolat ou de
charité. C’est alors que la pauvreté prend un visage concret.
Ce bref rappel historique
de la vie religieuse était nécessaire pour que vous voyiez comment les vœux ont
été introduits progressivement dans cette vie qui est imitation de la vie des
apôtres avec le Seigneur : la sequela
Christi. Ces trois vœux sont un tout. Nous choisissons
d’être-avec-le-Christ, nous choisissons de faire de la recherche du Royaume et
de son service à la suite du Christ, l’axe privilégié de notre vie. Nous
livrons notre vie au Christ et celui-ci devient le “moteur” de notre vie, notre
raison de vivre. Cette relation avec le Christ nous permet de déployer de
manière heureuse les dynamismes qui nous habitent : nos capacités d’aimer,
nos capacités d’exercer le pouvoir et de posséder les biens. Le Christ devient
pour nous un
“trésor” et grâce à lui, et
pour lui, nous pouvons nous détacher de tout.
Comment aujourd’hui, vivre et témoigner de notre vœu de pauvreté pour
qu’il soit compris, aimé vécu d’abord par nous mêmes qui émettons ce vœu et
ensuite pour qu’il soit témoignage pour ceux qui nous sommes envoyés ?
Quelles relations le religieux doit-il entretenir avec sa
famille dans cette société africaine où la solidarité est un devoir ?
Quelle forme de présence adopter vis-à-vis de sa famille ? Et quelle
famille ? …
Il
est important de bien comprendre la vie religieuse, voire cet aspect qui nous
intéresse, a savoir, la pratique du vœu de pauvreté aujourd’hui ici en Afrique.
Bien comprendre la vie religieuse nous rend libres et j’ajouterais même que
cela nous rend plus audacieux pour relever les défis d’aujourd’hui quant à ce
qui concerne le vœu de pauvreté.
Etre libres nous donne
d’oser chercher comment vivre et travailler pour nous suffire à nous-mêmes et
répondre aux besoins de notre apostolat.
La pauvreté en Afrique est
une réalité quotidienne et on n’a pas besoin d’une réflexion particulière pour
affirmer son existence. C’est effectivement dans cette réalité que nous,
religieux africains, nous sommes appelés à vivre notre vœu de pauvreté, nous
sommes appelés à vivre notre identité de religieux et d’africains. C’est encore
dans ce même milieu que vous, nos missionnaires européens, américains,
asiatiques, êtes appelés à vivre ce même vœu. Nous sommes tous appelés à être «SIGNE».
Malgré la richesse de son
sous-sol, de ses forêts, l’Afrique apparaît comme le continent le plus pauvre,
le continent du tribalisme par excellence, le continent qui a le taux
d’analphabétisme le plus élevé, le continent le plus frappé pas le Sida, le
continent où les gens ne peuvent pas toujours accéder aux soins qu’il leur
faudrait, le continent de la faim et de la soif…
Alors, comment vivre la pauvreté religieuse dans ce contexte déjà si
pauvre ?
Y’a-t-il une différence entre la pauvreté sociale
africaine et la pauvreté religieuse ?
Comment devons-nous comprendre el vrai sens de la
pauvreté évangélique ?
Souvent, nous sommes
confrontés à une triple réalité :
–
Nous
avons choisi librement de vivre la pauvreté évangélique, il nous faut être
conséquents vis-à-vis de nous –mêmes.
–
Nous
vivons notre vie consacrée au milieu des pauvres qui, bien souvent, du moins,
au niveau matériel, sont plus pauvres que nous.
–
Dans
notre lieu de mission, là où nous sommes envoyés, les gens attendent de nous
des actes concrets, notre implication dans leur vie pour les aider à sortir de
la situation de pauvreté, voire même de misère, dans laquelle ils se trouvent.
Ils ne veulent pas que nous soyons comme eux. Non. Ils attendent que nous les
tirions en haut.
La question est donc de savoir s’il est possible de vivre d’une manière
cohérente ces trois réalités ? Si on ne peut pas les vivre, que
faudrait-il faire ?
Y’a-t-il une autre manière de concevoir et de vivre la
pauvreté religieuse ici en Afrique ?
Nous aborderons tour à
tour l’aspect doctrinal du vœu, l’enseignement du magistère, la pratique du vœu
de pauvreté ici en Afrique et peut-etre quelques défis à relever.
I.
Sens du mot “pauvrete”
Qu’est-ce que nous mettons
là-dedans ?
«Pauvreté» a trois
sens : car la pauvreté est un manque sur le plan matériel, spirituel et
intellectuel.
Pauvreté
matérielle :
§
Il y
a la misère, c’est-à-dire que lorsqu’une personne ne jouit pas des biens
matériels nécessaires à une vie humaine digne. La misère n’est pas digne de
l’homme, elle est mauvaise, elle avilit l’homme. Dieu est contre la misère.
§
Il y
a la gène ou l’indigence c’est-à-dire qu’on a le strict minimum pour vivre. On
a juste ce qu’il faut [pour] manger, s’habiller, se loger. On n’a pas tout ce
qu’il faudrait par exemple pour faire un travail utile.
La pauvreté touche à l’aisance et à la
misère.
La pauvreté matérielle est un manque que
je désire combler.
Pauvreté
spirituelle :
Nous pouvons dire qu’il y
a une bonne et mauvaise pauvreté spirituelle.
§
La
mauvaise pauvreté spirituelle c’est le vide intérieur, à savoir qu’on n’a pas d’idéal, on est vide,
c’est une situation mauvaise, on n’a pas de bonheur, pas de joie intérieure,
pas de feu intérieur… c’est le vide, c’et le péché, on est éloigné de Dieu.
§
La
pauvreté spirituelle qui est la bonne, c’est le détachement intérieur, la liberté du cœur vis-à-vis des biens de
ce monde qui passe.
En face de cette bonne et
mauvaise pauvreté spirituelle, il y a la
“convoitise” : elle est mauvaise… c’est quelqu’un qui est rempli du
désir de gagner toujours davantage, de s’enrichir davantage, l’amour des biens,
l’amour de l’argent, l’amour des richesses, la cupidité…
Nous avons évoqué un peu
plus haut certaines pauvretés qu’on trouve ici en Afrique. Le pauvre c’est
aussi celui qui n’a pas eu de chance dans sa vie, c’est celui dont on méconnaît
la vraie valeur, c’est celui qui écoute tout le monde et que personne n’écoute.
Le pauvre c’est celui qui a raté sa vie.
Le pauvre ne mange pas
toujours à sa faim… n’a rien ou presque pour se vêtir.
Le riche par contre, est
celui qui a réussi sa vie.
Un professeur de
Pauvreté intellectuelle:
Ici, on est mal outillé
intellectuellement, on n’est pas cultivé.
La vie religieuse ne se
réduit pas seulement au chapelet. L’unique mystère est celui du Christ, Marie
n’est pas un mystère… D’où la nécessité de comble ce vide intellectuel… Cela
aide à mieux comprendre le mystère du Christ et à mieux le vivre !! On ne
va pas à l’école pour l’école. La formation intellectuelle ouvre l’esprit… Ce
n’est pas heureux d’avoir un religieux, un prêtre qui est obtus, borné…
La pauvreté ne se vit pas
partout selon le même style de vie : nourriture, habillement, logement… il
serait difficile, au regard de ce que nous venons d’évoquer, de nous classer
dans la catégorie de pauvres matériellement d’abord et c’est là que le vœu de
pauvreté est difficilement compris. Peut-être, “parler du vœu de mise en commun des biens et du partage” semble
plus parlant aux hommes d’aujourd’hui.
II.
Que nous dit l’Ecriture en ce qui
concerne “
A. Dans
l’Ancien Testament
La richesse est un bien,
elle est une bénédiction de Dieu (cf. Gn
26,12-13 ; Dt 8,7-10). La
richesse assure l’indépendance (Pr
18,23). Pour acquérir la richesse, il fau le réalisme (Pr 12,11), il faut l’audace (Pr
12,16) il faut la sagacité (Pr
24,3-4).
La richesse matérielle est
un bien, certes, mais un bien secondaire, car il y d’autres biens qui la
dépassent :
La paix de l’âme (Pr 15,16), la santé (Si 30,14-17), le bon renom (une bonne
réputation) (Pr 22,1) ; la
justice (Pr 16,8) ; il y a des
biens qu’on ne peut acheter : l’amour (Ct
8,7) ; la sagesse : un trésor à chercher et à rechercher sans cesse (Sg 7,7-12 ; Pr 2,4-5).
La richesse est aussi un
danger pour l’homme parce qu’elle fait croire qu’on peut se passer de Dieu (Pr 10,5). La richesse fait oublier
l’Auteur de Tout Bien (Os 13,6), elle
fait oublier l’Alliance.
Etre sage consiste par
conséquent à se méfier de l’argent et de l’or et à rester dans le juste milieu
(Pr 30,8-9).
La pauvreté est une
expression douloureuse et se présente parfois comme un mal. Cette pauvreté est
à combattre et personne ne cherche cet état d’indigence matérielle pour
elle-même et, comme partout dans toutes les sociétés tout état d’impuissance,
d’oppression, d’indigence devient un scandale.
La pauvreté prend
différentes formes :
La pauvreté de l’affligé,
la pauvreté du malheureux, celle du persécuté, la pauvreté du mendiant, la
pauvreté–carence, celle de l’humilié, la pauvreté comme privation des biens
matériels.
Quoiqu’il en soit, la
pauvreté en tant que carence c’est-à-dire manque, mendicité, est considéré
comme une malédiction de Dieu : elle est un mal, il faut lutter contre, il
faut trouver un remède.
Il y a certes, le “le pauvre de Yahvé”, celui-là c’est
l’ami et le serviteur de Dieu, Dieu en qui il se confie, en qui il se remet.
Dieu qu’il cherche et dont son âme à soif (Ps
62). Ce sont les pauvres selon le cœur de Dieu. Ce pauvre est humble, il vit
dans la justice et la crainte de Dieu avec une foi et une fidélité
indéfectibles. C’est ce pauvre que Dieu aime. Ici, la pauvreté est une
disposition intérieure, une attitude de l’âme.
B. Dans
le Nouveau Testament
Jésus
est le Messie des pauvres à qui il annonce le royaume (Mt 5,3). Les pauvres sont invité à table de Dieu (Lc 14,15-24).
Toute la vie de Jésus
montre cette pauvreté : sa naissance dans une étable (Lc 2,1-13). Sa vie se passe dans l’effacement, libre par rapport
aux biens matériels, politiques, moraux, à la gloire et au prestige (Mt 2,1-11).
Dans ses relations, Jésus
manifeste la même liberté :
Il est bien libre par
rapport à ce que les hommes disent et pensent de lui.
§
Il
mange et boit avec les pécheurs (Lc
5,29).
§
Il
est ami des publicains et des pécheurs (Lc
7,34-36).
§
Il va
chez Zachée (Lc 19,7).
§
Il se
laisse toucher par une pécheresse (Lc
7,36-50).
§
Jésus
va chez Lazare et ses sœurs Marie et Marthe, malgré le qu’en dira-t-on.
§
Il
parle avec
Jésus se sent libre car ce
qu’il cherche, son but, c’est de faire ce que veut son Père et manifester la
miséricorde de Dieu aux hommes.
Jésus est libre vis-à-vis de sa famille.
§
Il
fait faux bond à Joseph et Marie pour s’occuper des affaires de son Père (Lc 2,48-50).
§
Il
privilégie les biens spirituels à ceux de sa famille : “ma mère, mes frères ce sont ceux qui
écoutent la paroles et la mettent en pratique” (Mt 12,46-50).
§
Jésus
demande à ceux qui désirent le suivre de le préférer à leur famille (Lc 14,26). Jésus ne néglige pas
cependant sa mère qu’il confie à Saint Jean.
Jésus est libre par rapport aux biens matériels.
§
Il
n’a pas où reposer sa tête (Lc
9,57-61).
En fait, la liberté de
Jésus s’étend à tout et à tous parce qu’il est engagé au service de son Père,
dans le service des hommes, il est libre par rapport à tout et c’est sans doute
cette liberté qu’il a par rapport tout
qui constitue la pauvreté de Jésus.
Il y a aussi le service de
Jésus empreint d’humilité (Jn 13,4-5 lavement des pieds) “si vous avez compris ce que je viens de faire, si vous le faites vous
serez heureux”.
Etre pauvre, c’est
accepter que seul Dieu est l’Absolu (Mt 6,24) et c’est la condition pour entrer
dans le Royaume de Dieu. A ce propos, le Nouveau Testament nous enseigne :
§
La
préférence de Dieu pour les pauvres (Mt 5,1-12) les béatitudes ; (Mt
11,5 ; Lc 1,46-55).
§
Jésus
se montre comme celui qui est réellement uni aux pauvres (Mt 25,31-36). Il es
uni aux pauvres sans voix : «Saül,
pourquoi me persécutes-tu ?» (Act 9,4).
§
La
méfiance quant à l’argent et les richesses, car, ce sont les faux biens, des
biens trompeurs ; l’homme ne doit pas mettre sa confiance dans les
richesses terrestres, car elles passent. L’homme doit s’appuyer sur Dieu seul (Lc 12,16-21 ; 16,19-31 ;
18,18-27).
L’invitation au partage
§
La mise
en commun des biens (Act 2,42-47).
Les biens matériels dont jouit l’homme doivent servir au partage avec les plus
démunis.
§
Le
dépouillement des biens est vu dans cette perspective de liberté, de partage et
de communion : C’est l’une des exigences de
§
L’aumône est considérée comme une obligation
religieuse, on doit venir en aide aux nécessiteux de toutes sortes :
pauvreté matérielle, morale, spirituelle, intellectuelle (Lc 12,33-34) : «Vendez
vos biens, donnez-les en aumône, faites-vous des bourses qui ne s’usent pas… là
où est votre trésor, là aussi sera votre cœur».
Bref Jésus nous apparaît
pauvre et pas misérable tout au long des évangiles. Dès le berceau, il naît
hors de sa maison familiale. Il travaille 30 ans à Nazareth pour survivre. Au
cour de son ministère, il utilise les chose et tous les événement qu’il croit
utiles pour son ministère, cependant il n’u a attache pas trop d’importance. Au
contraire en toute circonstance, il fait preuve de soumission à la réalité. Il
meurt enfin dans un dépouillement complet. Ici “dépouillement”, je le prends dans le sens de “liberté” : sa liberté à l’égard des bien matériels est
effective.
La pauvreté religieuse
suppose d’abord et avant tout un jugement de valeur porté sur les choses humaines,
par comparaison aux biens du Royaume de Dieu :
«Va vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis, viens,
suis-moi». L’appel de Jésus comporte trois aspects qui sont liée les uns
aux autres :
§
Il
faut vendre ce qu’on a, s’en défaire (mais cela ne suffit pas).
§
Il
faut ensuite avoir le souci des pauvres : «donne-le aux pauvres…». La pauvreté sans l’amour des pauvres n’est
pas la pauvreté évangélique. Il faut le partage des biens pour pouvoir résoudre
les problèmes d’une injuste répartition des richesses.
§
«Viens, suis-moi» :
Nous comprenons le sens de
la pauvreté de Jésus en nous rendant compte que cet enseignement s’adresse à un
peuple bien déterminé, dans les circonstances précises du temps et du
lieu : «ma nourriture est de faire
la volonté de mon Père». Le Christ est né dans la tradition des pauvres de
Yahvé. (Du temps de Jésus, la richesse consistait en la possession de maisons,
de terres, de troupeaux, de serviteurs).
La pauvreté est ouverture et transparence devant Dieu, une humble
soumission à Dieu, la pauvreté est cette dépendance de la créature à l’égard de
son Créateur ; elle est une offrande de l’homme à Dieu, une disponibilité
totale vis-à-vis de Lui. L’homme tendu vers Dieu passe à travers les biens de
divers ordres sans s’y appuyer.
La pauvreté est un bien tant qu’elle ne replie pas
l’homme sur lui-même et
l’oriente vers Dieu : elle mène à Dieu et à l’amour du prochain. La
pauvreté est nuisible et perd sa valeur surnaturelle si elle rend dur et
insensible à la charité : «Dieu est
amour…», «aimez-vous les uns les autres…
c’est à ce signe que l’on vous reconnaîtra… », nous dit Saint Jean.
III.
Il faut dire tout de suite
que le terme “pauvreté” pour désigner le vœu n’est pas
adéquat. Les textes les plus anciens parlent de “Koinonia” ou utilisent l’expression “sin proprio” (sans possession particulière). Il s’agit davantage
de la communauté des biens, de la mise en commun des biens ou encore de la
dépendance dans l’usage des biens plutôt que de la pauvreté–manque ou
pauvreté–privation.
La pauvreté religieuse,
c’est la liberté d’âme et d’esprit vis-à-vis des biens de ce monde. C’est comme
dit le Père Nothomb dans son livre “Comme
un trésor caché”, la pauvreté de celui qui trouve un trésor caché dans un
champ et qui va, ravi de joie, vendre tout ce qu’il possède pour acheter ce
champ (Mt 13,43-45).
La pauvreté que nous avons
à vivre ne consiste pas à être pauvre comme les pauvres et les nécessiteux. Il s’agit
d’être pauvre à la manière de Jésus.
La pauvreté n’est pas en
elle même un absolu. Elle n’a de sens que si elle est référence au Chirst
modèle de notre pauvreté. Il ne s’agit pas de notre pauvreté, c’est-à-dire la
pauvreté comme nous l’imaginons, ce n’est pas de cette pauvreté que nous sommes
appelé à vivre. Notre vocation consiste à manifester aujourd’hui, la pauvreté
du Christ dans son abaissement, dans son incarnation. Dans ce sens nous pouvons
dire que notre vœu de pauvreté est détachement vis-à-vis des biens de cette
terre certes, mais elle est avant tout une disposition intérieure, une
disposition du cœur. Le Christ et les pauvres de Yahvé nous en donnent
l’exemple, c’est l’HUMILITE. Et
l’une des manifestation concrète de notre vœu dans la vie religieuse est l’humilité et, comme le dirait Thérèse
de l’Enfant Jésus : «se savoir petit
devant Dieu, savoir se soumettre à lui dans la foi et se savoir être aimé de
lui gratuitement ».
La vertu de l’humilité
libère l’homme de lui-même et le rend libre pour le service des autres. La
pauvreté-humilité nous fait prendre conscience que nous recevons tout de
Dieu : existence, talents, savoir… nous les recevons pour PARTAGER. Voilà pourquoi notre vie doit
être éternelle reconnaissance vis-à-vis du Créateur et de ceux qui nos
entourent, une vie d’action de grâces.
Cet état d’âme nous rend
capables de porter un regard de foi sur les différents situations, les
événements, les personnes, avec un cœur désencombré, paisible. Nous devenons
alors plus indulgentes, prêtes à concevoir que les autres ne nous doivent rien.
Cette attitude spirituelle et intérieure développe en nous le goût de la
liberté à l’égard des biens matériels, c’est seulement alors que nous pouvons
consentir à un travail sur nous-mêmes pour nous libérer de notre désir de
propriété avec tout ce qui peut contenir d’exclusif, d’enfermement sur
soi ; c’est cette vie intérieure qui nous donne d’user des biens de ce
monde sans en être esclave.
Notre pauvreté religieuse
est simplicité, dépouillement, ouverture (à dieu et aux autres). Voilà pourquoi
elle nous engage dans une totale dépendance vis-à-vis des supérieures et de la
communauté. C’est là que nous manifestons concrètement notre don total à Dieu
et notre dépendance à Lui et aux autres. Etre pauvre, c’est apprendre à aimer
Dieu, à s’aimer soi-même et les autres ; c’est apprendre à s’accepter
soi-même avec ses limites, ses fragilités. Ainsi notre pauvreté extérieure
sera-t-elle le reflet de ce que nous vivons à l’intérieur. Voilà pourquoi nous
pouvons dire que la pauvreté-humilité est la mesure de l’intensité de la
vocation reçue et accueillie.
Je pense qu’il faut aussi
souligner que la pauvreté religieuse est purification de la mémoire, c’est le
vœu du pardon et de la réconciliation, on n’a jamais pardonné assez, on n’est
mais assez pauvre, jamais assez humble, on le devient journellement en
cheminant avec ses consoeurs et confrères
en communauté.
IV.
Parce
qu’elle est la disposition intérieure qui nous permet de vire la mise en commun
des biens, de bâtir la fraternité, la pauvreté–humilité du cœur est source et
fondement de la communauté. Elle est liée à la “vie fraternelle en communauté”, à l’obéissance, à la chasteté, à
l’apostolat, à notre rapport avec le Christ.
Car :
–Sans la pauvreté du cœur,
aucune religieuse ne peut durer. C’est grâce à cette disposition du cœur que se
construit la communion, l’unit des esprits et des cœurs.
–La pauvreté est le visage
de Dieu, elle est témoignage de
V.
Elle n’est pas aisée de
déterminer. Elle n’a aucune règle absolue qui s’impose. Il suffit de voir
l’histoire des Institutions religieuses. La pauvreté de Saint François d’Assis
ne ressemble pas à celle d’Ignace de Loyola, ni à celle de Saint Benoît de
Nursie, celles des Petites Sœurs de Jésus est différente de celle des Filles de
Jésus, etc… (je regrette infiniment de n’avoir pas lu vos constitutions pour
voir comment vous concevez et proposez le vœu de pauvreté…).
La pauvreté est relative à
l’époque, à la société et la mentalité. Aujourd’hui, la pauvreté doit et peut
s’exprimer sous des formes nouvelles précises (Concile Vatican II, PC n° 3)
La pauvreté doit s’adapter
aux exigences de notre temps et de notre apostolat. La pauvreté religieuse qui
et un esprit doit toutefois transparaître dans la chair et produire l’attitude
intérieure qu’elle signifie et les Constitutions expliquent comment
En tous cas, la pauvreté
reste toujours : une mise en commun des biens, un partage fraternel, un
abandon à
Concernant la mise en
commun des biens et leur usage, le radicalisme évangélique invita sans cesse la
communauté à s’interroger sur “la
qualité de vie” dans la fonction de
l’humanité où elle est implantée… d’une part, et d’autre part à se demander
comment elle partage concrètement entre ses membres ses biens mis en
commun ? Comment elle donne concrètement ses biens : «va, vends, donne…» (Mc 10,21) ? Ou encore mieux, sa
participation effective pour libérer le pauvre, l’aider à sortir de cette
situation qui est un mal, à vivre en «être
humain digne, responsable de lui et des autres?» Si la communauté est
attentive, ouverte et accueillante aux “signes
des temps” intimement unie à Celui
qui est le cœur de la vie fraternelle en communauté, la communauté trouvera des
expressions concrètes vivre le vœu de pauvreté aujourd’hui. Il reste vrai
toutefois que, par le vœu de pauvreté, le religieux renonce à l’usage libre des
biens et pratique la vie communautaire. Le religieux dépend, pour ses biens
matériels, de la communauté qui devient Providence. Réunis par un même appel et
une préoccupation commune, les frères partagent un même esprit. La mise en
commun exprime leur solidarité des pauvres, elle marque leur libération des
biens matériels et leur disponibilité pour le règne de Dieu. Libres à l’égard
de tout, ils veulent être tout à tous.
La pratique de la pauvreté
à l’égard du prochain ne veut pas dire s’afficher comme pauvre, elle ne
consiste pas à s’afficher comme pauvre, ni à demander l’aumône pour prouver que
l’on est pauvre, ou à ne rien donner pour dire que l’on n’a rien à donner (il y
a des communautés qui on du mal à accueillir quelqu’un pour un repas).
La pauvreté est un
dépouillement de soi au profit de l’autre. Le pauvre de Yahvé est capable de
s’ouvrir aux besoins des autres et de les aider à grandir. Le pauvre de Yahvé
sait partager, il sait donner, il sait se dépenser gratuitement avec
effacement. L’accueil et la discrétion sont les signes du détachement. Le repli
et la parcimonie sont les signes de l’avarice. La pauvreté est
apostolique : «Ce que vous ferez au
plus petit des miens c’est à moi que vous les faites…».
Lorsqu’on lit l’Evangile
en profondeur, on est frappé de voir que Jésus ne parle pas de la pauvreté
comme telle, il parle plutôt des pauvres :
–Pauvres matériellement
c’est-à-dire ceux qui ont besoin d’aide matérielle et d’aumône.
–Pauvre
spirituellement :
·
Ceux
qui sont vides intérieurement, pas de joie intérieure, éloignés de Dieu.
·
Les
humbles…
Si l’on s’en tient sobrement aux textes
évangéliques, il faudrait moins parler de pauvreté que de partage par lequel on
cherche à supprimer le manque des
autres.
Lorsque Jésus demande de
se dépouiller, c’est pour partager avec les pauvres. La pauvreté chrétienne est
donc le partage de ce qu’on a et de ce que l’on est dans la communion
fraternelle.
Faire vœu, c’est s’engager
à imiter le Christ. Au niveau communautaire, cela va se traduire par une vie
simple, un accueil chaleureux et réel de la personne du pauvre ; car, il y
a une manière d’accueilli, de recevoir l’étranger, le pauvre, un “style de vie” qui fait que les pauvres
qui sont à la porte de nos communautés sont mal à l’aise… La communauté doit
développer le souci de vivre la solidarité avec les pauvres et aura à cœur de
se le rappeler sans cesse.
Le vœu de pauvreté, c’est
aussi s’engager à libérer le pauvre de cette situation de misère. L’assistance
des pauvres ne suffit plus. Il faut conscientiser les chrétiens, les hommes de
bonne volonté, pour qu’ils se tienne en mains : il faut former un laïcat
engagé, il faut réveiller les consciences à tous les niveaux. Dieu nous donne
l’énergie pour nous engager et trouver des solutions. Jésus-Christ réveille les
consciences, Jésus-Christ donne une conscience des problèmes. Si on ne réveille
pas les consciences, on n’a pas rencontré Jésus-Christ.
Dans nos communautés, je
parlerai de la “Corruption de
Cela veut dire tout
simplement que nous ne contribuons pas à développer notre Institut, à augmenter
notre patrimoine, à enrichir notre patrimoine religieux.
Si nous ne pouvons rien
donner, nous ne vivons pas notre vœu de pauvreté.
Mais alors, les
communautés sont-elles conscientes de cette réalité ?
Dieu nous a donné des
moyens pour travailler et produire des richesses. Le vœu de pauvreté exige un
effort à s’enrichir. Il faut exploiter tous les moyens. Plus nous sommes
riches, plus nous pouvons aider, plus nous pouvons donner aux pauvres : il
nous faut maîtriser le temps, la volonté, nos énergies, faire produire le
temps, autrement, nous ne pouvons pas vivre notre vœu de pauvreté. Monseigneur
Jena ZOA dira : «le bonheur du
chrétien consiste à partager ; or, pour partager, il faut avoir ;
pour avoir, il faut produire abondamment ; pour produire abondamment, il
faut travailler rationnellement ; pour travailler rationnellement, il faut
s’organiser solidairement» (Homélie Noël 1995).
VI. L’ESPRIT DE PAUVRETE
L’esprit
de pauvreté consiste à renoncer non seulement à ce que l’on a, mais aussi
jusqu'à ce un certain point à ce que l’on est. Il s’agit de perdre sa vie
c’est-à-dire, par exemple, de dépasser autant que possible notre mentalité,
notre culture, nos habitudes de vie et de langage pour épouser celles des
peuples auxquelles le Seigneur nous envoie et de le faire par amour.
La pauvreté spirituelle
n’aliène pas, elle est ouverture et dialogue, en toute sincérité.
S’il est vrai qu’il y a
plus de joie à donner qu’à recevoir, il es vrai qu’il est parfois aussi
difficile de recevoir que de donner. Quelques fois, on sent que l’ont donne
pour se débarrasser du pauvre… On oublie parfois qu’il faut faire aumône
peut-être cents fois pour trouver le vrai pauvre (j’en conviens, il faut être
prudent ne pas se faire rouler…) autrement dit, donner toujours quand on
peut ; à la limite il vaut mieux se faire rouler. Il peut aussi arriver qu’on
côtoie journellement le pauvre sans le reconnaître : «Ils ont les yeux et ne voient pas».
Il faut aussi apprendre à
recevoir. C’est peut-être même une forme élémentaire de justice et de charité.
La pauvreté, c’est le
dépouillement de soi-même en faveur du pauvre, en faveur de celui qui n’a pas.
C’est la compassion avec le pauvre, c’est encore entre accueil et partage.
Il y a aussi un aspect qui
vaut la peine d’être relevé : c’est l’aspect pauvreté-travail.
Le travail avec et pour
les pauvres reste un défi constant pour nos congrégations et même pour
l’Eglise. Aller vers les pauvres est une demande de l’ordre de la foi parce que
Jésus-Christ s’est identifié à eux aussi bien dans sa vie que dans son
enseignement.
Les types de présences
peuvent êtres très divers selon les charismes de différentes congrégations.
Nous l’avons dit, la
misère, la pauvreté est un mal qu’il faut combattre… et les armes ce ne sont
pas uniquement la charité, la compassion, le moralisme… il s’agit de compétence
(mais on ne peut être compétent dans tous les domaines. Il s’agit de mobiliser
les énergies, les imaginations, les moyens… pour aider les pauvres à sortir de
cette situation).
Les religieux, insistent
les pères conciliaires, doivent vivre de leur travail, et même autant que faire
se peut, contribuer à aider les malheureux, la société, l’Eglise. Cela suppose
que les religieux soient créatifs, qu’ils soient audacieux…
Celui qui manque trop de
pain quotidien n’a plus aucun goût du pain Eternel : nous aurons beau
prêcher, nous crierons en fin de compte comme le prophète Isaïe: «Seigneur, qui a cru à notre
prédication ?». Ceux que nous voulons évangéliser, quand présent sur
leur âme les légitimes soucis quotidiens : Nourriture, vêtements, remède,
comment leur faire découvrir Dieu ? «Donnez-leur
vous-mêmes à manger…», dira Jésus.
Nous devons travailler et
apprendre aux hommes, aux pauvres à travailler. Nous devons leur apprendre à
mettre le Christ au centre de leur vie, à avoir l’art de vivre du Christ, alors
ils sauront combattre les problèmes d’ordre essentiel : matériel,
intellectuel, spirituel… Nous sommes appelés à guider les autres.
VII. POUR CE QUI EST DES RELIGIEUX
QUELS RAPPORTS AVOIR AVEC
(Ce que nous disons pour
les religieux vaut aussi pour les religieuses)
J’avoue que le mot “pauvreté” raisonne mal dans nos
oreilles, dans notre contexte africain, car ce mot a une connotation négative
et pour l’Afrique, ce n’est pas in idéal que de devenir pauvre. Vivre la
pauvreté reste une expérience délicate, complexe et même ambiguë pour les
problèmes que nous avons déjà évoqués. Le monde lutte contre la pauvreté et
nous nous engageons à devenir pauvreté. D’où l’importance de comprendre le sens
de la pauvreté religieuse.
Nous vivons dans un milieu
matériellement pauvre et on est confronté à la modernité.
Par rapport à la
famille : nous nous trouvons presque toujours dans une condition de vie
matérielle privilégiée par rapport à notre famille. Commet nous comporter pour
que notre motivation vocationnelle ne soit pas interprétée comme la recherche d’un statut social ? Le
problème de l’aide aux familles est très délicat, il faudrait le considérer.
Certes on ne se fait pas religieux pour s’occuper de sa famille, et pas plus
pour ne pas s’en occuper. Dans Mc 7,9-13 et Mt 15,5 Jésus condamne ceux qui sous prétexte de vœux, se
soustraient à ce qui est la loi commune.
Par rapport à l’aide à la
famille, plusieurs Congrégations ont envisagé certaines solutions :
–
Budget
d’aide aux familles,
–
Remise
d’une certaine somme pour la famille,
–
On
désigne un confrère pour s’occuper des parents nécessiteux des confrères en
mission ailleurs…
Un effort sera fait
toutefois pour que le religieux, ne donne qu’au nom de la communauté :
c’est la communauté et non l’individu, de sa propre initiative, qui aide les
familles quand un besoin se présente. (Cela est aussi une protection pour le
religieux. Sa famille sait que c’est la communauté qui donne…).
Des contacts vrais
devraient exister entre la communauté et les familles. La solidarité doit aller
au delà du clan et il faut viser la promotion humaine c’est-à-dire les gens se
prennent en charge, ainsi la communauté jouerait davantage son rôle prophétique
et libérateur des pauvres (Lc 4,18).
Apporter le Christ c’est aussi aider à lutter contre la pauvreté matérielle et
l’ignorance, lutter contre leurs causes et leurs conséquences.
Pour nous, africains, il
est indispensable que nous soyons au clair avec nous-mêmes et avec la vocation
que nous avons reçue de Dieu et la mission qui nous incombe, comme témoins de
l’Absolu de Dieu au service des plus démunis.
La vie consacrée en
Afrique se vit aussi le service fraternel de promotion de la dignité humaine et
chrétienne, par l’évangélisation, l’éducation et les œuvres sociales.
Il est urgent qu’en
Afrique notre vœu de pauvreté soit perçu sous l’angle de la charité
c’est-à-dire du partage. Cet amour (services des plus délaissés, des
nécessiteux) est à vivre à l’école du Christ.
Dans cette perspective, notre témoignage
pourra consister essentiellement en une certaine attitude d’âme et un
comportement de vie :
Attitude d’âme qui sait apprécier à sa juste valeur le caractère
éphémère, passager des biens de ce monde.
–
Apprendre
à vivre libres, détachées de tout, de nous-même, de notre temps, de nos
relations et nos responsabilités pour être disponible à la mission qui nous est
confiée.
–
Apprendre
à valoriser les pauvres (étant en contact avec nous ils retrouvent le goût de
la vie).
–
Apprendre
à apprécier la place du travail dans notre vie.
–
Savoir
gérer notre temps et le bien commun : chacun est responsable des biens et
de l’ensemble.
Un comportement de vie : le comportement d’un religieux qui
use des biens de ce monde dans le cadre de sa vocation c’est-à-dire avec discernement,
sans orgueil ni égoïsme, sans esprit de domination ni avarice. Ainsi, par
exemple la voiture est vue et utilisée comme un instrument de travail et pas
une fin en soi ; utiliser les moyens modernes de communication pour
annoncer Jésus-Christ. Il es important de ne pas se laisser récupérer par le
monde et le monde nous récupère lorsque le Christ n’est plus au centre de notre
vie, lorsque nous ne comprenons pas le rôle de la prière dans notre vie et même
le rôle de la vie fraternelle en communauté.
En Afrique, le partage comme la
charité ne sont pas facultatifs. C’est un devoir impérieux de “faire le bien”,
venir en aide au prochain qui croupit dans la misère sous toutes ses formes. Pour
cela nous devons apprendre à nous détacher en faveur de l’autre (cf. Jn 13,34 ; 15,12-13 ; Lc 10,29-37).
Notre pauvreté ne veut pas
dire nivellement. Ce que notre peuple, ce que les gens attendent de nous, ce
n’est pas de devenir comme eux, de vivre dans le dénuement… ils savent que ce
n’est pas vrai. Nous devons être des agents de développement de tout homme et de tout
l’homme.
Ici,
le vœu de pauvreté s’appelle disponibilité, accueil, écoute, partage,
hospitalité, proximité. Il s’agit de nous impliquer, ave discernement, dans la
situation des nécessiteux avec ce désir de les aider à s’en sortir. Le Christ
est venu sauver l’homme tout entier, corps et âme.
Voici ce que disait Julius
Nyerere, ancien Président de Tanzanie dans un discours-homélie à des
religieux :
«Tout
ce qui empêche l’homme de vivre en toute dignité et décence, doit être attaqué
et combattu par l’Eglise et par ses ouvriers. Car il n’y a en fait, aucune
sainteté dans une pauvreté imposée. Et bien qu’on puisse trouver des saints
dans les taudis, nous ne pouvons pas conserver les taudis afin qu’ils
engendrent des saints ; un homme qui a été démoralisé par les conditions
dans lesquelles ils est obligé de vivre n’est d’aucune utilité ni pour lui-même
ni pour sa famille, ni pour sa nation. S’il peut être de grande utilité pour
Dieu, ce n’est pas à moi d’en juger» (Dialogue Juillet/août 72).
Le
partage, mais quoi partager ?
P.C. 13 « Par son travail, le religieux doit se
procurer lui-même le nécessaire pour sa vie et ses œuvres.» On ne travaille
pas pour accumuler les biens. Le religieux partage ce qu’il est et ce qu’il a
avec ceux qui n’ont rien, tout cela en lien avec sa communauté.
2Co 9, 7-11.3… « que chacun de
vous donne sana regret et sans
contrainte ». Pour Paul, en ce qui concerne le partage, il faut
partager.
Dans E.T. 21, Paul VI parlait
aux religieux en ces termes : « la
pauvreté religieuse est effectivement
vécu par la mise en commun des biens, y compris le salaire gagné par son
travail, attestera la communion spirituelle qui nous unit. Elle sera un appel à tous les riches, elle apportera un
soulagement à vos frères et sœurs dans le besoin. »
Pour le religieux
africain, selon moi, concernant les difficultés de la vie religieuse, il n’y en
a pas que l’on puisse qualifier de spécifiquement « africaines ».
Cependant, l’accentuation communautaire du vœu de pauvreté … et souvent, et
c’est à ce niveau, qu’il y a des heurts, des problèmes de tiraillement qui
déséquilibrent la communauté et crées des cas de conscience. Pour un africain
(religieux), le partage est une notion très importante qui détermine son
comportement, ses options, sa sensibilité. Son idéal reste donc de partager ce
qu’il est, ce qu’il a.
Pour un Africain, il
s’agit moins de pauvreté comprise uniquement comme privation volontaire et
dépendance que du partage, spirituel et matériel, effectif. Ainsi, être pauvre,
c’est partager ce qu’on est et ce qu’on a. C’est cela être pauvre avec le
Christ.
Cette vision ne supprime
pas l’esprit de dépendance, mais elle lui donne une nouvelle dimension où la
personne et la communauté sont beaucoup plus
engagées.
Je crois que c’est là le
nœud du problème de vol déploré dans les communautés, les problèmes de
détournement d’argent…
Là aussi se pose le
problème des familles.
§
Comment
le religieux, marqué par la notion africaine de famille, pourrait-il vivre en
paix alors que les sien s ont purement confrontés à la misère ?
§
Comment
supporterait-il de ne pas partager,
fermer les yeux et croiser les bras face aux besoins de ceux qui lui sont les plus chers ?
Nous avons l’obligation
d’aider nos parents quand ils sont dans le besoin. Cependant susciter des
cadeaux, de l’aide chez les bienfaiteurs
pour aider sa famille, parce qu’on n’a pas pu, l’obtenir dans la communauté,
est dangereux et peut mettre la vocation en péril. C’est même déshonorant.
Assister les parents n’est pas aller à
l’encontre des préceptes du Christ. C’est simplement « honorer son Père et
sa mère ». La rupture avec les parents en grave nécessité fait obstacle au
témoignage évangélique authentique. Il
est important de donner toujours au nom de la communauté.
Mais qu’est-ce que chaque communauté envisage pour mettre fin à ce dilemme ?
Le partage est, sans nul doute le lieu privilégié d’un témoignage évangélique de pauvreté. Car, les pauvres
ont besoin d’une promotion humaine, ils peuvent sortir de cette situation de misère
insupportable. La pauvreté est un mal.
.la pauvreté religieuse nous pousse à opter, avec Jésus, et comme Lui, pour les
pauvres, les opprimés et à dénoncer les oppressions.
Je n’ai pas soulevé le problème vde « l’argent de poche »
Mais nous avons dit que la
pauvreté est, une ouverture, confiance, clarté, transparence.
En gros, je dirais que la
pauvreté des religieux africains
§
Sera
un e pauvreté des hommes et des femmes qui travaillent pour gagner leur vie.
§
La
pauvreté des gens,qui s’engagent à fond pour le développement intégrale de la
personne humaine.
§
La
pauvreté des gens qui partagent ce qu’ils gagnent avec les pauvres (y compris e familles).
Pour éviter des injustices
dans ce partage, (Cf. des plaintes des Grecs : Act 6,1) il doit être fait par la communauté elle-même et non par
des individus à l’égard de leurs familles nécessiteuses. Le religieux ne vit
pas dans un monde privé, isolé et traitant ses affaires comme bon lui
semble : il est membre d’une communauté. Les aspirations qu’il porte sont
aussi celles de la communauté, par conséquent, l’aide à apporter ne se fait
individuellement, c’est la communauté qui assume cette responsabilité et il est
important que les parents le sachent. Ce n’est pas le religieux qui possède les biens et dispose ; c’est
la communauté qui donne. Voilà une interpellation pour les religieux, pour le
religieux, pour la communauté et surtout encore pour le supérieur, car qu’on le
veuille ou pas, c’est le supérieur qui donne une certaine collaboration à sa
communauté.
Comment vivre cette
réalité s’il n’y a pas un esprit de fraternité, de simplicité, d’ouverture…en
un mot un esprit de famille ?
Comment vivre cette
réalité dans une communauté qui ne s’intéresse pas aux situations souvent
difficiles des soeurs et des frères et de leurs familles ?
Une communauté où le
religieux ne se sent pas à l’aise, mal dans sa peau, où il ne se sent pas chez
lui… avec qui pourra-t-il partager, parler cœur à cœur des problèmes de sa
famille et de ses propres problèmes ? Qui sera assez discret pour
l’écouter, l’entendre sans interpréter ni divulguer quelques instant
après ?
N.B. on peut aider, les gens à s’aider eux-mêmes, à se prendre en main.
Aider nos familles à s’aider dans la dignité, trouver du
travail à quelqu’un, un frère qui soutiendrait la famille
Cette pauvreté sera enfin
la pauvreté dont le souci majeur est la sequela
christi et non la recherche des
biens matériels, la sécurité matérielle dans une congrégation. La pauvreté
prend effectivement le nom de PARTAGE.
En Afrique, le vœu de
pauvreté veut aussi dire « être-avec », étre un lieu de
dialogue, un lieu de parole, être
attentif à l’autre, le respecter dans sa dignité, respecter sa race. C’est le
vœu du partage des souffrances, des solitudes, des joies et des peines. C’est le vœu de la fraternité, au delà des frontière pour que, son règne
arrive !
COMMENT NOUS FORMER POUR MIEUX VIVRE NOTRE VOEU DE PAUVRETE? COMMENT AUJOURD’HUI, PENSONS-NOUS FORMER NOS JEUNES A VIVRE QUELS DEFIS AVONS-NOUS À RELEVER ?
L’homme a besoin d’une
richesse et nous sommes faits pour cela. Dieu nous a créés pour que nous soyons
riches de Lui «Tu nous as fait pour toi,
Seigneur et notre cœur ne connaît point de repos tant qu’il ne repose en toi»
( Saint Augustin) Nous sommes fait pour être riches de son amour, de son
esprit…Il s’agit d’abord d’aider les jeunes à découvrir cette richesse-là, la
richesse intérieure, bouter à cette richesse qu’est Dieu, de le découvrir, de le rencontrer…alors seulement,
d’eux-mêmes ils pourront laisser tomber
des choses. La nature a horreur du vide. Autrement, si les jeunes n’ont pas
encore découvert la richesse spirituelle, on les casse, ils ne peuvent pas
comprendre, ou alors ils seront hypocrites et vont se dépouiller extérieurement
alors que leurs cœurs sont ailleurs. En faisant l’expérience de Jésus, à cause
de Lui, le reste sera déconsidéré : «Je
considère tout comme ordure… » (Ph
3, 7-9).
Le vœu doit être
signifiant pour la personne d’abord et pour ceux qui la voient vivre.
En vérité, tel qu’il se
vit aujourd’hui, le vœu de pauvreté n’est ni vécu comme tel par les religieux,
ni perçu comme tel par ceux qui nous voient vivre. A la société africaine le
vœu de pauvreté ne transmet aucun message ou presque.
Car, sur le plan du
savoir, sur le plan de la sécurité de vie, la considération même, les religieux
sont privilégiés : ils ont tout et je dirai même qu’ils sont tout sauf des
pauvres (selon les personnes qui nous côtoient).
Appelés à être SIGNE, ce
signe de pauvreté ne passe pas, il passe mal.
–
Alors,
faut-il continuer ce vœu ? Dans son allocution aux religieuses de
Kinshasa, Jean Paul II disait : «De
nombreuses africains entrées en religion cherchent à donner au vœu de pauvreté
un visage nouveau et plus adapté au milieu dont elles sont issues. Elles
tiennent à vivre du fruit de leur travail et à partager sans cesse ce fruit
avec d’autres…»
–
Ne
serait-il pas mieux de trouver une nouvelle formulation, une nouvelle forme ou
un autre signe pour exprimer ce vœu de pauvreté dans le contexte
africain ? (Cf. PC 13 qui invite à trouver de nouvelles formes de vivre et
pratiquer la vie religieuse dans nos milieux de vie (cf. V.C. 89).
–
Souvent
le vœu est un présenté d’une manière négative, essayer de le présenter
positivement comme vertu.
L’Evangile envisage le
salut de l’homme riche (cf. Lc
19,8-9) en lui apprenant à bien utiliser ses richesses pour mieux connaître et
aimer Dieu, le servir, secourir les nécessiteux.
L’Evangile envisage le
salut des pauvres matériellement en leur apprenant à gagner leur vie
honnêtement sans avoir besoin de voler par exemple (cf. Act 18,3 ; 2Th
3,12).
La religieuse, le religieux
est appelé à être pour tous présence de Jésus et signe de l’Evangile pour tous.
Il y a plusieurs défis que nous devons relever.
§
Une bonne formation : former les jeunes en leur apprenant les
sens de la responsabilité.
Il faut se
développer pour accomplir la mission propre au charisme de l’Institut. Ainsi,
chaque membre de la communauté est appelé à produire des richesses, à se
prendre en charge, et à prendre aussi en charge l’Institut.
Que chacun se sente responsable à son niveau de ce
don que Dieu a fait à l’Eglise, à notre congrégation pour réaliser le projet
évangélique confié à l’Institut.
Bien former aussi les jeunes en leur donnant une
profession qui pourra les aider à travailler efficacement pour aider à
l’autofinancement.
§
Le travail : le vœu de pauvreté se situe par rapport à une
théologie du travail, une théologie du développement et du partage. La loi du
travail s’entend ici comme coopération au développement du lieu de notre
mission, développemtn de la société et au progrès du monde. Il y a partage
fraternel des biens, symbole testimonial pour cette société injuste.
–
Jésus
est charpentier (Mc 6,2-3).
–
Paul
travaille de ses mains (Act 18,3 ; 1Cor 4,12 ; 2Th 3,12).
Suivre le Christ suppose
travailler de ses mains et Jésus le recommande à ses disciples (Mt 10, 9-10).
Cf. Evangelica Testificatio, n° 20 : le Pape Paul VI écrit qu’un
aspect de la pauvreté du religieux est «d’attester le sens humain du travail
accompli dans la liberté et rendu à sa nature de gagne-pain et service». Lire
aussi : E.T. n° 21.
Durant la formation
(postulat, noviciat, juniorat), mettre le travail manuel au programme :
culture, élevage (poules, lapins..).
§
Le
partage : le religieux travaille pour le partage avec ceux qui n’ont rie.
Il se fait pauvre pour enrichir les autres. Son travail n’est pas pour
s’enrichir ou accumuler.
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Partager, mais quoi
partager ? Comment partager ? A voir en communauté.
C’est facile de partager
ce qui ne nous a pas coûté, ce que l’on a reçu comme don…
Le partage ne doit pas se
limiter au matériel. Il y a aussi le temps, l’écoute, les biens spirituels…
§
La solidarité. C’est-à-dire d’abord penser à l’autre, vouloir le
bien de l’autre, la solidarité peut révéler au monde le sens de notre
consécration à Dieu.
Travailler dans les milieux délaissés : prison, la
rue, centre de santé, alphabétisation…
§
L’humilité parce que l’humilité, en fait, nous libère de
nous-même et nous rend plus libres pour le service des autres, plus
disponibles.
La vraie pauvreté est
d’abord celle qui libère et transforme la personne. La pauvreté religieuse ne
doit pas déshumaniser le religieux ou la religieuse. Elle amène le religieux à
relativiser les biens de ce monde qui passent. Elle fait ainsi du religieux un
SIGNE pour ce monde où les hommes son tendus vers les biens matériels, vers le
pouvoir, elle le fait participer à la pauvreté de Jésus.
En vivant pleinement son
célibat consacré le(a) religieux(se) vit aussi la pauvreté dans une mentalité
qui considère l’enfant comme une richesse.
Nous allons conclure avec Vita
Consecrata, n° 65 qui
souligne la nécessité “d’une bonne
formation religieuse” qui forme à la rencontre vraie de la personne du
Christ, à l’amour préférentiel de Jésus et cette bonne formation pousse à
rechercher des formes nouvelles pour vivre une pauvreté religieuse–signe
aujourd’hui.
«La préparation de la personne à la consécration totale
d’elle-même à Dieu,